mardi 26 août 2014

Embrunman 2014: Transition 1 0h06min01sec.


Au passage j’attrape un verre de thé qui aurait dû être chaud mais qui est à peine tiède, avalé en une seconde, rangée 22, mon siège, quitter la combi. Mon corps fume, comme celui du mec un peu plus loin dans la même rangée, au même stade que moi dans cette transition polaire.



Vite, attraper la petite serviette pour me sécher au mieux, enfiler les manchettes qui ne veulent pas glisser sur la peau mouillée, enfiler le maillot sans manches….dans le mouvement, toutes les barres de la poche arrière se répandent sur le sol, enfiler la veste coupe-vent, le casque, je garde les lunettes dans la bouche(buée), la montre, les chaussettes….c’est parti, je fais un tout petit détour coté grille pour saluer Ursula, Max, Harald et Bärbel et repars dans la direction de la sortie du parc d’une belle foulée, mais ça coince dans le sas de sortie avec des coureurs qui y vont tranquilles et de front, je m’annonce « à gauche, à gauche », 

Embrunman 2014: VELO 7h45min20sec.


La ligne de sortie est là, je saute sur ma selle et glisse salement en retombant à cheval sur la roue arrière, je me sens le clown de service et ça fait mal mais je repars aussitôt et recommence cette fois plus prudemment la même enjambée. Ouf, c’est posé, les pieds sur les pompes que les élastiques maintiennent à l’horizontale, premiers tours de pédales, puis les pieds dans les chaussures et les velcros fermés. C’est parti.
Je suis complètement gelé, j’ai l’onglet et mes bouts de pieds sont insensibles. Je me souviens avoir eu froid l’année dernière mais il faisait alors 14°C, nous en avons 6°C aujourd’hui. Ça promet !
Je pédale donc vite en pensant que cela me réchauffera. Comme l’an dernier, la première montée est gavée de monde, je reconnais Jérémy jurkiewicz (https://www.facebook.com/JurkiewiczTRI) qui est dans le public et encourage les coureurs. Tout ça met du baume au cœur et les premières pentes se gravissent sans efforts.
https://www.youtube.com/watch?v=t52jQaOcaRU (le dos de Nico à la lecture 1min54 du film)

Les premiers virages s’enchainent et déjà on se retrouve en balcon au-dessus du lac. La vue est magique, on voit que pas mal de nageurs sont encore dans l’eau. Je discute avec pas mal de coureurs, le sujet reste invariable, on se gèle !
L’un d’entre eux dispose d’un compteur avec thermomètre, il affiche 6.4°C, je comprends mieux mon état, équipé comme en été alors que sur mes entrainements, avec cette T°, j’aurais eu gants, veste thermique, cuissard long, sous casque et sur-chaussures. J’espère que le soleil arrive au plus vite pour me réchauffer mais arrivé sur Saint Apolinaire, on est toujours à l’ombre et c’est le moment d’amorcer la bascule sur le lac de Serre Ponçon. La descente est une vraie épreuve de résistance au froid. J’ai les doigts complètement insensibles et la saisie des manettes de freins est plutôt aléatoire, le passage du petit au grand plateau me demandera de m’y reprendre à trois fois…je me pose des questions sur la suite du parcours, me mordant les doigts de n’avoir pas prévu au moins un sous casque et une paire de gants. Vais-je pouvoir résister aux 188km avec ce froid ?
Je me demande vraiment ce que sera la température qui nous accompagnera sur le reste du parcours.
Au détour d’un des derniers virages avant de rejoindre la route le long du lac, le soleil fait enfin son apparition et les premiers rayons sont effectivement très sensibles, les avant-bras le ressentent assez vite et c’est hyper agréable.
Le corps n’est pourtant pas réchauffé, malgré les 900 premiers mètres de dénivelé sur ses 30 premiers km du parcours. Je grelotte, je claque des dents. Mes cannes sont quasi anesthésiées, les pieds en bois.
Le cheminement le long du lac est rapide, puis viennent la traversée du pont et la remontée sur Savines. Les spectateurs sont là aussi très nombreux et certains coureurs s’enflamment et attaquent comme des malades. Pour ma part, je suis en mode « parcours long » gardant en mémoire mon cheminement de l’an passé et voulant éviter un coup de moins bien dans la vallée du Guil et surtout ne pas subir la montée de l’izoard.
Vient le rond-point des Orres, je sais que mon club de supporter a prévu de s’y trouver et prévois d’y être attentif. On y arrive, la foule est dense, j’entends des clochettes à droite (signe de reconnaissance, Ursula les amène sur chaque course) mais en fait, ce ne sont pas les nôtres, je vois Harald sur la gauche au dernier moment
….sans m’arrêter, je prends le rond-point et monte à droite, drainé par le couloir discontinu sur presque un Km des supporters hyper motivés qui créent une véritable haie d’honneur.
Certains font la hola, d’autres sont équipés de ponpons genre pompom girls, les crécelles et klaxons divers se mêlent au tumultes pour pousser de l’avant les mecs en vélo. C’est un des moments de la course qui laisse des souvenirs inoubliables et galvanise les corps et les esprits. C’est ce genre de sensation qui revient plus tard et permet parfois de tenir la séance d’entraînement quand c’est dur, quand un tour de vélo dans la grisaille et le froid devient interminable, quand on en a marre de courir seul comme un c…, quand on a du mal à boucler la séance de natation et que la lassitude se fait sentir, alors on repense à ces passages de courses extraordinaires, à la dernière ligne droite de l’arrivée, ce tapis bleu qui va nous éblouir, et on repart, animé à nouveau par ses vibrations, de celles qui donnent la chair de poule en pleine cagnasse !
Les Km qui suivent sont vallonnés et sans être durs, s’étendent quand même jusqu’à Guillestre où quelques bosses font alors passer sur le petit plateau. On avance avec quelques mecs, se doublant, passant devant ou laissant passer.
 Certains bon cyclistes et mauvais nageurs attaquent et passent comme des avions, rattrapant le retard pris dans l’eau. Mais seront-ils à la hauteur sur le marathon ? C’est ce que j’essaye de me dire pour me tranquilliser face à ces dépassements. Pour ma part, je joue la carte « vélocité » en essayant de ne pas puiser dans les réserves. Les gorges du Guil arrivent, un léger faux plat montant et un bon goudron permettent de rouler en position aéro à bonne allure. Le froid est toujours aussi intense dans ces parties à l’ombre et mes pieds et doigts sont toujours insensibles.
Quelques Km avant l’attaque proprement dite de l’izoard, ça passe enfin au soleil et le corps se réchauffe enfin véritablement. La veste coupe-vent peut être enlevée en roulant et fourrée en boule dans la poche arrière du maillot. Jusque-là, l’alimentation a été régulière avec une barre toutes les 45 min environ, le bidon par contre a peu été touché, il est encore à moitié plein je n’ai encore pris aucun bidon des ravitaillements placés sur le parcours. La sensation de soif n’est vraiment pas de mise et même si on sait qu’il faut une gorgée d’isotonique environ tous les ¼ d’heure, la T° est telle que les gorgées sont vraiment réduites. Une nouveauté cette année, isostar est présent sur les ravitaillements et je prends quelques barres pour varier avec les miennes mais surtout pour pallier au manque car dans l’empressement de la première transition, quelques barres sorties de mes poches à l’enfilage du maillot ont été égarées sur l’aire de transition et ne sont pas revenues dans les poches. Au lieu de 5 barres, plus que 3 sont présentes. Merci Isostar, d’autant plus que leurs barres sont vraiment pas mal en goût et en consistance.

Le cheminement depuis l’attaque du col est cruel, dès qu’on quitte la vallée du Guil, à gauche vers Arvieux, les premiers lacés se font raides. Une fille dossard n°41 me passe sans difficultés, la nana est en pleine relance, et paraît d’une facilité déconcertante, inutile de vouloir s’accrocher. Suivent ensuite des pentes régulières d’abord à 6.5% puis sans relâche entre 8 et 9% de moyenne sur les pancartes des Km qui suivent jusqu’au col. La route ne lache rien, uniformément droite avec des passages compris entre 7% et 10% de pente, mais la largeur de la vallée donne un sentiment de plat ce qui mine le moral car on a l’impression de ne pas avancer sans vraiment comprendre pourquoi, et ce, même si on connait l’endroit et si on s’y attend.
La partie la plus rude pour moi est juste à la sortie de Brunissard, la pente à 12% est cruelle et avant d’attaquer les lacets qui nous propulsent au-dessus de la vallée comme sur une véritable rampe de lancement. Là aussi les spectateurs sont assez présents et donnent de la voie pour nous encourager.
Les lacets s’enchaînent et je gère quand même mieux que l’an dernier, sans avoir l’impression de subir mais je ne suis pas dans un bon jour. Un gars sur le côté nous a compté et m’annonce « 269 ». Sans me faire d’illusion sur mon classement, je suis pourtant peu réjoui de ce chiffre. Un gars avec qui je roule depuis quelques lacets, non inscrit à la course mais suivant un de ses poulains me rassure quand je lui dis « 269, peu mieux faire » avec une déception sûrement perceptible dans l’intonation. Il me dit qu’il y en a quand même plus de mille derrière et que pour un amateur ça reste respectable. Ca ne me permet pas pour autant de positiver. C’est l’amorce d’un état d’esprit plutôt noir qui s’installe en succession d’un ressenti mitigé par rapport au froid qui m’a transit sur les 60 premiers Km de ce parcours. Le même type roulera avec moi jusqu’à la ligne droite menant à la case déserte. Il me racontera tout son palmarès, son top 10 sur l’Altriman, pour conclure qu’Embrun, c’est du pipi de chat…passons. A ce moment, un hélico rouge et blanc vient flirter avec la route, il suit des coureur 100m en avant, le son est assourdissant et le souffle du rotor est perceptible.

La porte latérale est ouverte et un mec semble prendre des photos ou filmer. Il suivra comme cela un long moment, jusqu’au premier lacet de la dernière rampe menant au col. Ferais-je parti de ceux fixés sur la pellicule ?
Les trois derniers lacets menant à l’Izoard se franchissent bien, mieux que l’année passée, pourtant, de mémoire, mon comparo. avec l’heure de passage de l’an dernier me laisse penser que j’accuse un retard de 10min. environ, ce qui n’est pas pour me réjouir. J’ai l’impression à ce moment que je régresse dans le classement et ressens une espèce de sentiment de tristesse, au lieu d’en profiter un max et de juste apprécier ces instants tant de fois imaginés pendant les entraînements.

La course, c’est aujourd’hui. Pourtant, je n’en profite pas comme je devrais, assailli par des pensées négatives qui prennent le dessus de plus en plus. Mes objectifs, au combien naïfs, s’envolent en fumée, j’ai le moral dans les chaussettes. Je me demande même ce que je fous là à pédaler comme un gros débile.
Le ravito perso. est disponible au col, quelques barres et un bidon plein. Le premier n’est pourtant pas encore vide. Incroyable ! 100km avec ¾ d’un bidon, là où à Montpellier j’en bois 3 sur la même distance. La température n’aide pas à s’hydrater, quand l’eau du bidon est à 6°C ou 7°C et qu’on gèle.
La veste coupe-vent est vite enfilée puis c’est la longue est belle descente sur Briançon. Les premiers lacets sont serrés et il faut garder toute son attention pour ne pas faire d’erreur d’appréciation et gérer trajectoire et vitesse. On est un groupe de quatre à descendre en même temps.
Les virages s’enchaînent et on se rapproche de Cervières. Le village passé, un vent de face commence à faire son apparition et la température est toujours aussi basse. Je dois faire une pause pipi un moment, je constate que des ¾ de bidon bus, le corps n’aura quasiment rien gardé. Je n’ai quasiment pas transpiré.
Arrivée à Briançon, la direction du sud est prise et le constat d’un vent de face fort est régulier est fait. Ce vent n’est pas là pour nous arranger, il souffle déjà alors qu’il est d’habitude présent seulement sur les derniers 40 Km de course. Il faudra compter sur lui pour les derniers 70K, on va morfler !
La partie de route vers Vallouise est monotone mais vite absorbé, on bifurque alors à droite, quittant le nationale pour reprendre des petites routes de montagnes. Une première bosse avec le passage des Vigneaux est là aussi assez vite avalée, j’attends le KM 140 et la terrible cote du Pallon. Je me réchauffe bien sur cette partie et quitte la veste coupe-vent.
La cote du Pallon arrive, juste après une petite descente, je l’ai bien appréhendée et ne fais pas d’erreur de vitesses comme l’année passée. La cote est raide, longue ligne droite de 2Km avec 12% de pente moyenne (passage à 16%). Tout le monde est droit sur les pédales. J’alterne de la position assise en 34/28 à des relances en danseuse en 34/26. Le public bien présent fait une fois de plus prendre la poudre d’escampette à certains, une fille me double, bien assise en tirant du gros, je n’ai pas son N° de dossard. Malgré mon humeur maussade, la rampe est mieux négociée que l’an dernier, ça n’est pas aussi long et mes cuisses répondent encore bien, sans être dans le rouge. C’est normalement un endroit très chaud et cette année, pour le coup, on n’en souffrira pas.
Dans la descente qui suit j’entends une touriste Allemande dire en Allemand « mais comment arrivent-ils à trouver autant de gens intéressés par faire ces triathlon bizarres », ça m’interpelle, je me pose aussi la question.
Il ne reste à ce stade de la partie vélo plus que 48 KM à avaler, mais il faut s’en méfier, surtout aujourd’hui avec un vent de face qui n’a de cesse que de se renforcer. Sur cette partie,  un groupe se crée (à distance règlementaire, j’insiste). Deux gras et une fille (N°20). J’apprends qu’ils sont italiens et on se plaint mutuellement du vent. On se dépasse, laisse l’autre passer pour le redoubler dans 2 Km etc, comme ça jusqu’au Pont Neuf où, après ces dernier KM qui ne semblent plus vouloir se terminer, on arrive tout d’un coup à Embrun, comme par enchantement. Une pensée pour Michel Blondel qui suit peut-être le live depuis chez lui mais cela ne me permet pas de retrouver un état d’esprit positif. Les « fait toi plaisir » me paraissent aujourd’hui tellement loin de mon ressenti, je me complets à broyer du noir et n’ai pas le recul pour en sortir en bottant au cul une fois pour toutes ces idées débiles pour opter vers un état hyper vitaminé. Je sais qu’il m’en faut des fois peu pour basculer d’un état à un autre et un tout petit rien permet parfois de sortir d’une espèce de léthargie pour retrouver une attaque, une niaque, l’envie d’en découdre. Mais aujourd’hui, je laisse faire, les bras ballants, un mental de méduse !
Le Pont Neuf passé, on sait qu’il ne reste plus que le Chalvet, «  La Bête » qui fin de nous croquer si la force se fait timide. Ce dernier témoins des forces qu’il me reste, me permet pourtant d’afficher un réservoir encore relativement rempli, ne subissant pas sur toute la ligne, même si je sens d’avantage les quelques relances dans les parties les plus raides. Dans un des premiers virage, j’entend « allez Natureman » (je porte un maillot Natureman sans manches ) c’est Aline Choretier et Alexandra Louison (http://alexandra-louison.onlinetri.com/) qui sont là en spectatrices et profitent du décor. Ca fait chaud au cœur.
 Un ravitaillement nous attend en haut, avant de basculer définitivement et pour la dernière fois sur le parc de transition près du plan d’eau. Comme prévu, j’en profite pour bien m’hydrater et manger une barre, en gardant tout de même assez d’attention sur ce parcours truffé d’embûches, à courbes traîtresses et au revêtement plus que moyen.
Les derniers virages approches, le passage devant le camping des Tourelles me rappelle l’heure incongrue à laquelle je l’ai quitté ce matin et je me demande quand est ce que j’aurais le droit d’y retourner pour dormir et surtout en quel état.

Les dernières pentes, la foule se fait plus dense, on entend le vacarme de la sono. Sur le parc de transition, je vois bientôt le bleu intense du tapis bleu qui en recouvre des centaines de m², il est temps de défaire les velcros, sortir les pieds des chaussures avant le virage à 180° qui ouvre la perspective de l’entrée dans le parc et aussi celle de la ligne d’arrivée
Photo prise lors du "bike in"

….on la passe à droite, j’enjambe le cadre, le pied gauche restant sur la pédale et attendant la ligne et son arbitre pour fouler enfin ce joli tapis bleu. Qu’elle me paraît douce cette moquette bleue, en passant, j’aperçois Ursula, Max… je n’ai pas vu si Harald et Bärbel sont aussi là. J’ai espéré qu’ils ne s’inquiètent pas vue l’heure décalée à laquelle j’arrive par rapport aux précisions données sur les objectifs (+ 15min).

Embrunman 2014: Transition 2 0h06min03sec.


A peine touché terre que les Kiné nous crient « massage, massage, jambes, cervicales », on se croirait à la criée sur le vieux port de Marseille. Je réponds favorablement à un Simon (c’est marqué au marqueur sur son tee shirt) à qui je demande les cervicales. Il me demande de m’accroupir, je le fais après avoir raccroché le vélo la tête en bas. Pendant qu’il masse, je m’étonne de ne pas avoir de difficultés à maintenir cette position qui tire sur les cannes, preuve que le physique n’est pas encore trop amoché. Par contre, en quittant mes chaussettes de vélo pour enfiler celle de la course à pied puis mes running, je me revois en vue « drone » comme si un autre moi enfilait ses pompes et me demandant ce que le petit Nico. là-bas en bas allait bien pouvoir faire sur ce parcours de 42km mais surtout pourquoi allait il courir aussi loin dans un but aussi vague que celui de simplement réussir à le faire.

Je demande à mon Simon d’arrêter les cervicales et m’assois pour boire un grand coup et recharger les poches de la trifonction de 4 barres, mettre la ceinture porte bidons avec deux fioles remplies de boisson isotonique, enfiler ma casquette et changer de lunettes (j’aime bien changer de lunettes après le vélo, on retrouve une vue limpide, celles du vélo sont pleines de sueur et la vue n’y est plus qu’assez terne). En faisant ce geste, j’ironise avec le masseur en lui lâchant « le clown change de déguisement »….ça en dit long sur mon état d’esprit. Je me sens à ce moment effectivement comme un niais amusant des spectateurs aux jeux du cirque ! Je suis enfin prêt à repartir, Anthony, mon compère des 10 dernier Km de l’an dernier, rejoins le parc à son tour, on échange quelques mots, en se disant « à tout à l’heure ». Les clochettes de mes supporters teintes à tout berzingue, elles sont là, juste derrière les grilles. Je me lève et entame mes premiers pas, tourne la ceinture dossard sur l’avant, lève une main avec une signe de rotation comme pour dire « ça repart » mais le cœur n’y est pas, je n’ai plus cette banane que j’arbore normalement les jours de course. 

Embrunman 2014: Course à pied 3h41min10sec.


Ce départ du parc reste heureusement très « peuplé ». Les spectateurs sont partout et c’est à un bon train que je parcours les premiers Km. La montre indique 11km5 de moyenne avant la côte Chamois, j’entends un « Allez Nico », c’est Agnès qui est là, en bas de chez elle, je lui dis que j’ai le mental dans les chaussettes, elle m’encourage, je passe….la montée est vraiment raide, je marche sur les 500m qui suivent jusqu'au débouché sur la route en haut ou je repars dans ce faux plat encore montant qui nous amène au centre-ville. Courir ici ne me permettrait pas de gagner du temps et me grillerais pour le reste, alors prudence. J’arrive au centre-ville, la rue pavée, les spectateurs massés de part et d’autre qui ont improvisé une fanfare, plus intense encore que l’année passée avec une déco vraiment très au top. Un tapis rouge est même au sol pour délimiter la haie d’honneur qu’ils érigent à chaque passage de coureur. Je passe en mimant un salue d’artiste, me baissant en avant et faisant un geste déroulé de la casquette que je quitte et remets. Ils sont aux anges, plus hilares que les coureurs. Mais comment font-ils pour tenir ainsi pendant des heures ?
Harald m’a rejoint et m’accompagne,
il sent que je ne suis pas dans un bon jour et essaye de me motiver, on court comme ça presque 10 km, la partie sous le rocher, qui est une des parties les plus monotones du parcours et sur lequel le vent de face est particulièrement violent. Je lui dis que je serais certainement moins bon que l’an dernier et ça me fais mal d’y penser.

 Il me laissera au pont neuf en me disant qu’il serait là sur le deuxième tour, je lui réponds « si je suis toujours là », pas ironique du tout mais commençant à amorcer une descente irréversible dans le plus profond de mon maussade intérieur. Anthony me rattrape après le pont neuf, on échange sur nos états, je lui dis que je ne suis pas dans la course et que je pense peut être ne pas finir. Il me dis que je dois y aller pour ces foutues heures d’entrainement et pour tous ces Km de vélo et de course à pied qu’on à pas fait pour rien, mais au lieu de me booster, ça me mine. Je ne suis plus dans la course, je pense à l’an dernier et à l’état de fatigue de l’après course, à la tente des secours et à la perf. de glucose, à l’attente d’Ursula dehors qui se demande ce que je deviens, à ma nuit terrible avec une Gastro….mais était-ce bien une gastro, n’étais ce pas la course qui m’avait rincé comme ça. Je n’ai pas envie de finir dépouillé, d’avoir du mal à marcher le lendemain, de passer une nuit à vomir, assis dans une chaise de camping sans pouvoir me coucher….
Je vois qu’Antony est prêt pour aller plus vitre et lui dis de partir, il me dit que je vais sûrement le rattraper, je lui réponds que ça m’étonnerais.
En fait, chaque pas que j’amorce, j’ai la sensation d’aller inéluctablement à la rencontre de cet état de fatigue absolu que je pense inévitable à l’issu de cette course. J’ai une crainte maintenant identifiée et elle me terrorise. J’ai peur d’arriver parce qu’arriver signifie pour moi à ce moment de la course arriver en sale état. Je me remémore le film « à bout de course » et me transfigure dans la peau d’un de ces mecs, se mettant au taquet, au bout du bout de soi….mais dans quel but. Je n’ai pas envie de finir à la ramasse, j’ai envie de finir……sans terminer. C’est ça, sans terminer, car terminer veut dire être mal comme jamais.
Pour autant, j’essaye de continuer, poussé par un public omniprésent, courant sur le plat et les descentes, marchant dans les montées. Après Barratier, au premier tour, je retrouve même une foulée, avant le pont menant au plan d’eau, doublant à nouveau un gars des alligators (nom du club) qui me lâche « et tu t’es refait la cerise ! ». Je recours de nouveau plutôt bien effectivement, soignant ma technique pour optimiser au mieux les watts utilisés à faire ces Km. Mais comme pour enfoncer le clou et aller moins bien, je lui réponds « bien dans les descentes, nul dans les plats, à la ramasse dans les montées »…..il me redouble sur le pont avant le plan d’eau, me donne une tape amicale sur l’épaule….je marche !
Je cherche aussi des toilettes sur le parcours, mais il n’en existe que sur le parc de transition. Ca fait 5 km que je serre les fesses, croyant sentir les symptômes d’une diarrhée. Le tour du plan d’eau sera long avec un vent fort de face. Je me demande pourquoi je suis là à courir alors que je pourrais faire de la planche à voile sur le lac. L’eau est d’un bleu mente, le vent fait lever un clapot qui moutonne pas mal, la température idéale….mais pourquoi ai-je choisi ce sport de débile alors qu’il en existe des 1000 fois plus ludiques ?

A ce stade, plus une pensée n’est là pour me rappeler les joies que le franchissement d’une ligne d’arrivée peuvent procurer, de la fierté d’achever une telle épreuve, des souvenirs que cela laisse, de l’émotion que cela suscite ne serait-ce qu’à y repenser ou à en revoir des images, de savoir que Max m’attendrait pour faire la Finishline avec moi, peut être aussi Ursula, Harald… je n’y pense pas, comme si une partie de mon cerveau c’était mis en mode veille, comme si plus aucune connexion n’était là pour me permettre de profiter de toutes les heures de sacrifices à l’entraînement pour justement profiter au mieux de cette épreuve tant de fois imaginées, souhaitée, rêvée.
Enfin le parc, les toilettes…..rien ! Pas de diarrhée, pas de troubles gastriques. Je repars guilleret mais cela ne dure pas non plus, pas même le temps de faire le tour du parc ou je recommence à marcher, y compris sur la belle ligne droite toute bleue, les spectateurs m’engueulent, me sommant de repartir…pfff, je repars, si cela peut leur faire plaisir, je cours comme ça 2 Km pour marcher à nouveau, puis de nouveau les spectateurs etc…..
La cote Chamois à nouveau, je marche bien entendu, je suis triste, je me déçois, je me vois plus que minable, comme un sale gosse qui ne sait pas ce qu’il veut, qui après avoir consacré des mois à s’entraîner pour cette épreuve, refuse maintenant d’en profiter.

Harald me rejoins, on traverse le centre-ville ensemble, on attaque la descente. A hauteur du resto. où on avait vu Marcel Zamora prendre son repas du soir le mercredi, Ursula est là, je lui dis que j’en ai marre, que je ne suis plus dans la course, que je ne sais pas ce qui m’arrive mais que j’ai plus le mental. Elle me dit que ça va passer, il faut continuer, un spectateur prend aussi le parti de me pousser à continuer. J’évoque des serrements de gorges qui m’empêchent de m’alimenter correctement en solide, je les identifie comme les premiers signaux de cette décadence que je crois obligatoire décrite plus haut. Je passe devant le ravitaillement, mais rien ne me donne envie tant cela me rappelle ce que j’avais eu en horreur après coup l’an dernier (crainte de gastro. sur les ravitos…)
Je me dis que ce n’est plus du triathlon, qu’un marathon ça se court, qu’on est pas là pour finir si c’est pour marcher 20 km sur 42, que marcher devant autant de monde c’est honteux, que je ferais mieux de jouer aux boules plutôt que de prétendre vouloir faire du triathlon. D’ailleurs, pourquoi est-ce que je fais ce sport ? Mais pourquoi donc ?
Je me ré arrête avec Ursula et lui dis que je vais aller voir un arbitre pour lui donner mon dossard…, à la prononciation de ces derniers mots, je lui tombe dans les bras et fond littéralement en larmes, je réalise que je gâche la fête, une tristesse immense m’envahit.

Elle me redit de repartir, de continuer et voir si ça va pas aller mieux, sans rien dire de plus, je repars, dans la descente, je cours comme ça jusqu’au croisement avec la cote chamois à la montée, et amorce la petite pente vers le Km 29. Agnès nous a rejoint, je fais un signe pouce vers le bas, pour dire, c’est mort. Je continu encore un peu avant que la pente ne se redresse et finalement marcher…..au virage à gauche qui mène vers la Durance, des bénévoles sont là, je vais voir une femme en gilet fluo, je lui dit que je m’arrête là, je saisi une après l’autre les 3 attaches de mon dossard, calmement pour lui donner symboliquement ce qui me place encore dans la course, mon dossard, le 891, et lui tend. Elle le saisi. Ma main est vide, je quitte l’Embrunman 2014 au Km 30 après 3h41 de course à pied.

Embrunman 2014: L’après course


Un spectateur me donne raison, ses Oakley vissées sur le crane, il me dit qu’il faut savoir renoncer, renoncer avant d’aller trop loin, que c’est un signe d’intelligence etc….. C’est bien sûr exactement ce que j’avais envie d’entendre, me confortant dans ma pleutrerie. Il en avait fait 5 et bâché 2….pour ne pas se mettre minable ! Je lui réponds que, effectivement, c’est comme en montagne, il faut savoir renoncer, ça me donne une raison positive de bâcher à mon tour pour la toute première fois de mon existence sportive. Je m’écarte alors, sûr d’avoir fait le bon choix. Agnès me propose de faire une pause chez eux, ce que je fais, c’est à 100m. Dans leur appartement, Max était déjà là. Il est surpris de me voir. Je lui dis que je n’ai pas fini. Il me demande si on fera quand même la ligne ensemble…je lui réponds que ce n’est plus possible, que la course est terminée pour moi. Il ne comprend pas bien mais se retourne et repart jouer.
On me propose un thé chaud, celui dont je rêve depuis des bornes, représentant officiel de mon rétablissement l’an dernier et synonyme de confort absolu. J’y trempe mes lèvres mais un spasme nauséeux m’oblige à demander la direction des toilettes….je n’y vomirais en fait qu’un verre d’eau. Le thé est ensuite bu avec plaisir et mon « resserrement de gorge » se dissipe quasiment aussitôt. Ursula, Bärbel et Harald nous rejoignent.
Après une petiite heure, on se prépare à partir. Logistiquement, Agnes me propose de me reconduire en voiture jusqu’au parc de transition puisque je dois aller y rechercher mon vélo.
Je refuse au départ pour finalement accepter quand en attendant dehors je me mets à frissonner. Il n’est pas loin de 19h00 et la température baisse à nouveau. Ursula me donne sa veste et je monte dans la voiture. Le parc est rejoint en 10 min. Je ne réalise pas encore quelles seront les conséquences de cet abandon, persuadé d’être dans le juste et soulagé d’avoir échappé à un monstre, celui qui m’attendait après la ligne d’arrivée pour me croquer tout rond.
On se dit au revoir, je rentre dans le parc avec l’impression que sur mon front est écrit « NON finisher », honteux face aux mecs que je croise avec la médaille autour du cou. Je trace jusqu’à mon emplacement, commence à rassembler mes affaires quand j’entends « Antony Bavouzet, To be sport » dans le micro du speaker. Je me réjouis, Anthony vient de passer la ligne. Lui aura eu la niaque et sera allé jusqu’au bout. On discute 10min. il a beaucoup donné sur l’épreuve.

Les affaires sont empaquetées, Ursula m’attend de l’autre côté de la grille. Je rends ma puce, le gars me dit « félicitation » croyant certainement que j’avais fini, mais je ne le mérite pas et lui dit que j’ai plié au 30 ième à pied. J’ai fin et m’arrête au stand d’après course pour demander quelques morceaux de fromage alors qu’une heure et demie avant je m’imaginai ne plus pouvoir avaler quoi que ce soit pendant 24h. Le tour du parc est fait, on met le vélo dans le Traffic et on remonte au camping. En sortant de la voiture, les voisins de camping m’applaudissent…je suis aussi obligé de leur dire que j’ai bâché au trentième….
Après quoi, la logistique de fin de course commence, aller prendre une douche, froide comme d’habitude sur ce camping, avec 12 °C sous un toit hyper ventilé, ranger des affaires, trier les affaires à laver, se préparer pour le repas du soir. J’ai la dalle et mange avec plaisir un repas normal.
La nuit tombe et il est temps d’aller se coucher. La nuit sera bien dormie mais je me réveillerais tôt, gambergeant sur ce que je n’identifie plus du tout comme la décision qu’il fallait prendre mais la plus stupide des décisions que j’ai jamais prise, au constat de ma forme que j’ai le malheur de constater comme excellente. En effet, pas mal où que se soit, ma sortie de la tente me laisse pantois, et quand Harald qui est aussi dehors me demande comment ça va, c’est sur une intonation des plus désagréable que je lui réponds « ça va trop bien », et je réalise la bêtise de ma fin de course d ‘hier, mon abnégation insensée car je n’ai pas de ressenti de fatigue lourde, pas plus qu’après une sortie longue en vélo sur les entraînements. Je sens mes cuisses, bien sûr, mais c’est à peu près tout.
 Je réalise surtout maintenant dans quel état mental je m’étais mis et contraint alors que le corps était en état de continuer, sans problèmes, avec une préparation adaptée et un état de forme suffisant pour boucler sans buter contre ce fameux mur que mon psycho aura si bien su construire.
J’étais même prêt à boucler ces 12Km pourris le jour même pour tourner une page mentale sur cette épreuve mais la logistique de la journée ne me l’a pas permis.
A midi, on ira manger un morceau dans la vieille ville, les teeshirt de finisher sont partout….quelle frustration ! On prendra ensuite le bout de route pour se rendre à Arvieux où nous passerons la semaine en famille.

Le lendemain, je faisais les 8 derniers KM de L’Izoard en Vélo Avec Ursula après une randonnée en montagne le matin.


Le surlendemain remettant ça depuis Guillestre en aller-retour depuis Arvieux, là aussi après randonnée en montagne le matin, le mercredi, rando avec 1300m de D+ et……chute d’un bloc de pierre sur le pied droit, m’écrasant le pied et cassant l’os du quatrième métacarpien, m’obligeant à descendre les 9km et 1000m de dénivelée dans une douleur abominable. ….bien plus dure à supporter que ce que mes pseudos états d’âmes du 15 Août on construit comme maladie. Bilan de cette nouvelle épreuve: quand on veut, on peut. La volonté permet de déplacer des montagnes (paraît-il)

vendredi 15 août 2014

Embrunman 2014: Mes conclusions

L’analyse aujourd’hui de ce qui s’est passé est claire :

1    1 )      Caler des objectifs sur ce genre d’épreuve est stupide. On est là pour se faire plaisir, par pour performer. Savoir s’ouvrir des portes en fonction des conditions et aller jusqu’au bout quoi qu’il en soit pour en sortir vainqueur.

2    2 )      Mon état d’esprit en dégradation depuis le milieu du parcours vélo était bien sûr lié à ce que j’identifiais comme une contre-performance, capé sur des objectifs mal définis. La preuve, même le grand Marcel fait 6h11 sur le vélo contre 5h48 l’an dernier (+ 23 min) alors que je finis en 7h45 contre 7h28 l’an dernier (+ 17 min) compte tenu des conditions de course difficiles (froid + vent). Mon manque d’expérience sur ce format aura payé.

3    3 )      Je progresse, en sachant maintenant que je peux finir Embrun ou un format Iron proprement (avec une bonne prépa.), même si cela reste une épreuve très dure, sans passer une nuit à vomir et mettant 10 jours ou plus à récupérer. Ca replace la course dans un contexte plus positif, éloignant définitivement mes craintes vécues sur cette dernière épreuve. Pour sûr, la prochaine épreuve sera dans ce contexte de revanche, avec la banane (t'as raison Michel B.). Ce qui s’est passé sur la partie course à pied ne se reproduira plus.

4    4 )      Je reste profondément déçu de mon attitude…..mais c’est le métier qui rentre, on apprend bien sûr à ses dépens pour se relever et revenir plus fort. J’ignorais jusque-là à quel point le mental pouvait me jouer des tours.

5    5 )      J’ai maintenant un pied cassé et ne pourrais reprendre un départ de triathlon avant….saison 2015. J’aurais tellement aimé prendre ma revanche sur cette fin de saison. Faudra être patient. Aujourd’hui, je sais qu’il y aura un autre Embrunman. Quand ? Cela reste à définir. Peut-être changer de décors pour 2015 et revenir plus tard. Il est trop tôt pour en parler.
…





Affaire à suivre, en attendant, convalescence oblige, repos, la mort dans l’âme !

mercredi 9 juillet 2014

Et 2014?

Le 22 juin, assez tard donc, inscription officielle sur le site de Gérald Iacono. Motif, être sûr de ne pas se retrouver blessé car les frais d'inscription ne sont pas récupérables. Voir aussi comment on se sent sur cette période d'entrainement, comment on encaisse la charge de travail etc....
Bon, du coup, même le camping est booké, reste aujourd'hui 37 jours avant le départ. On rentre dans des semaines vraiment chargées avec 300 km de vélo sur des itinéraires bien valonnés, entre 35 et 40 km de course à pied et entre 4 et 9 km de natation.

Entre temps, le 27 juillet, le CD de Marseille, ça sera un peu le baromètre de la forme du moment, encore que, vu les distances (1.5-40-10) ça n'est pas forcément révélateur de ce que ça pourrait donner sur un format long, ou d'une allure explosive du CD on passe à une rythme "diesel".