samedi 8 juillet 2017

StonebrixiamanXtri 2017: Transition 1

Crédit photo: Daniele Bua

J'ai la banane des grands jours, me relève, attaque la sortie, la main sur la montre pour passer en mode T1, j'entends la cloche d'Ursula, puis la vois avec Max pile en face de la rampe, elle me crie « tu es troisième » MA-GIQUE, je crois rêver ce moment, allez, fonce, direction le parc à vélo.



Le cheminement jusqu'au vélo fait quelques centaines de mètres, le temps nécessaire pour m'extirper au mieux du haut de la combinaison, Ursula et Max me suivent, la cloche retentit, les encouragements fusent de partout, les « DaÏ » et « Allé » ou encore "Grandé"sont nourris, j'entends des « Allé Nico » de personnes que je ne connais pas, c'est juste terriblement jouissif !

La petite rue qui mène au parc à vélo est vite parcourue, le parc à droite en montant légèrement, « beep » du portique au passage de la puce, mon vélo est là qui m'attend, un bénévole me désigne son emplacement et m'aide à assurer ma transition. C'est du jamais vu, le gars me dit de laisser tout le matos par terre il s'occupera lui même de mettre les affaires de natation dans le sac prévu à cet effet, royal, je le remercie de tout mon cœur pour ce traitement de faveur, nulle course à ma connaissance ne propose ce confort de tous les instants. Veste vite enfilée, le dossard autour de la taille, les chaussettes aux pieds, décollage....



Crédit photo: StonebrixiamanXtri





La transition aura duré 1 minute et 38 secondes, signant le premier temps transition de la course, position 3 au scratch.





StonebrixiamanXtri 2017: Vélo



Crédit photo Ursula Perrier
Crédit photo: StonebrixiamanXtri

Vélo décroché de son support, je pousse par la selle, Beep du portique, c'est parti pour les 175 km du parcours et ses redoutables 3700m de dénivelé positif.
La course permet à une équipe support de suivre les athlètes sur le vélo mais, comme l'année passée, on s'est mis d'accord sur un suivi uniquement sur la partie course à pied, à partir du km 10/15 environ.
Ce mode de fonctionnement me convient parfaitement et permet de ne pas engorger le parcours de voitures suiveuses (qui seront quand même interdites dans le dernier col, vue l'étroitesse de la route et les difficultés de croisement).

Quelques mètres après la sortie du parc, en montée, j'enfourche le vélo et attaque quelques tours de pédales pieds sur les chaussures pour atteindre la route un peu plus haut et entamer un virage à 90° à gauche. Le temps de glisser les pieds dans les pompes, les boucles de serrage que je ne connais pas....grrrrr, mais quel âne, me dis-je, d'avoir oublié mes pompes à Montpellier, mais quel âne !
Il fait encore très sombre, je roule visière relevée, même si on devine l'aurore dans le dos, d'un soleil qui va nous accompagner sur cette longue journée.


Crédit photo: Daniele Pezzoni 
Les premiers kilomètres se déroulent à plat, en bordure du lac au grès des villages endormis que l'on traverse. L'attaque de cette partie vélo se fait comme ça, tout en douceur. Mon corps, même si je sors d'une heure de natation, semble se réveiller à nouveau, accompagné par la lueur montante, dans un silence absolu. Encore des moments exceptionnels, et encore cette sensation exclusive, je suis là, dans la course, le plaisir est immense !
Le parcours oblique à droite pour prendre la petite portion de cette ancienne route entre les village de Vello et Toline, on croit voler au dessus de l'eau qui se trouve à quelques mètres seulement sur la droite, seul le parapet nous sépare.
Vivre ces moments reste un privilège, et, conscient de cela à 300%, l'émotion me submerge, le cul sur mon vélo, j'étouffe un sanglot.....
Hé, Nico, faudrait pas non plus s'arrêter pour cueillir des fleurs, allé, reprends toi, aujourd'hui, c'est le Stonebrixiaman!!!

Le lac se termine bientôt, devant moi, à quelques dizaines de mètres, une petite lumière rouge me fait sortir de ma torpeur, c'est un autre concurrent de la course qui se trouve devant, heuuuu, possible ? Je m'en rapproche, la petite lumière devient cycliste, avec des manchons de compression verts, dossard 81, il s'agit d'Hadrien Cazal, un autre français. On échange quelques mots, il m'interroge, si je suis Nicolas.....il me raconte qu'il a lu mon résumé de course quelques jours avant de venir, on rigole ! Je lui dit que la journée sera longue et qu'on aura le temps de se recroiser, puis reprends les prolongateurs et me remets en mode course. Je viens de passer second.....y'aurait pas un truc qui cloche là ?

Bon, gardons la tête froide en n'oubliant pas le fonds de cette participation, finir, au col Paradiso, peu importe le classement......pourtant, difficile de ne pas y penser. Je sais que de toute manière, c'est ma meilleure natation cette année qui m'a permis de sortir devant mais que les clients sur la partie vélo ne vont pas tarder à pointer le bout de leur nez, donc, on ne s'affole pas, on maintient une allure correcte mais sans appuyer plus que ça, toujours rester en dedans par rapport aux allures que je pourrais tenir pendant les entraînements ou sur des courses plus courtes, c'est la méthode que j'adopterais pour cette partie vélo.
Crédit photo Mattéo Aielli


La partie roulante dans la Valle Camonica va nous permettre de gagner la première attaque très pentue une soixantaine de km plus loin, à partir d'Edolo, en bifurquant à gauche pour entamer la montée du col de Mortirolo, première portion montagne du parcours avec 1200m de D+ sur 30 km.
Ces kilomètres sont en faux plat montant avec quelques bosses, mais sans plus. Cette année, les passages à niveau me laisseront tranquille, sans avoir à attendre de longues minutes devant la barrière fermée, que le train veuille bien arriver et passer.

Dans les villages traversés, les feux tricolores sont au orange clignotant ou simplement éteints, du coup, ça roule vraiment bien, en faisant gaffe quand même aux rues qui croisent. Seul un petit vent qui descend la vallée gêne un petit peu, mais sans plus. Les kilomètres défilent, le silence est absolu, le vélo bien réglé, ça swifte !,

Premier ravitaillement au kilomètre 35, je m' arrête pour prendre une banane et repars aussitôt, le deuxième ravitaillement se trouvera au km 70, après la bifurcation à gauche pour l'attaque du Mortirolo, je suis tellement dans ma bulle que je le loupe, je m'en rends compte quelques mètres plus loin, demi-tour et arrêt au stand pour prendre un petit sachet dans lequel sont soigneusement emballés trois petits sandwiches au jambon cru préparés par l'organisation, top, glissé dans la poche pour plus tard, une barre énergétique et un demi verre de coca, un verre d'eau, ça repart. Je passe là à 7h30 du matin, dans les temps par rapport aux temps de passage estimés, c'est ce qu'il fallait !




Nous voici dans la première partie de l'attaque de Mortirolo, deux voitures de supporters danois font des pauses régulières sur le parcours, attendant un des athlètes pour l'encourager ici et là, du coup ça crée une animation sur ce parcours réalisé en solitaire, ils sont hyper dynamiques et m'encouragent aussi, c'est bien sympa !


Km 86, 3h05 que je pédale, j'amorce le U turn pour Mortirolo, la pente se redresse et c'est le démarrage de la partie alpine du parcours, paysage superbe d'une petite route étroite entre les mélèzes, les senteurs de foin, d'herbe coupée, d'alpages, l'air plus frais....un régal. Contrairement à l'an dernier, ces kilomètres sont avalés facilement, sans pression, je poursuis l'effort sans accoups, en restant régulier, et ça fonctionne.
Crédit photo: Andrea Gambarini


Crédit photo: Andrea Gambarini

Je me sens bien, les cannes tournent rond.....quand au KM 90 environ, je me fais doubler par le dossard 69, c'est Renato dell Oro, un italien avec la trifonction turquoise offerte par l'organisation. Il double mais sans accélération franche, on reste du coup en contact à une vingtaine de mètres. Je ne tente pas de le rejoindre, écoutant la voie de la sagesse et sachant que la course est encore longue.
Crédit Photo: Paolo Ferraglio
Le cheminement de la route est superbe, on voit qu'elle est peu empruntée, ici est là des pierres sur le bitume, elles sont tombées de la falaise à droite, là, du gravier, meffi....je sors de ma torpeur quand sur le coté droit de la route, j’aperçois une silhouette qui ne m'est pas inconnue, en me rapprochant, je reconnais la grande Cristina Cominardi, elle avait remporté l'épreuve l'an dernier, une grande émotion à la vue de la championne qui tend la main pour saluer mon passage, super enthousiaste, criant au passage, « super, Grande » (Grandé). Elle m'avait doublé en voiture, à fonds de klaxon et d'encouragements, je ne l'avais pas reconnue. En tous cas, un grand moment, ça donne la banane !

Quelques KM plus loin, un autre coureur me rejoins, le dossard 26, il s'agit de Stéphane Marchand, un belge. Il me demande si je suis troisième....je lui répond que....plus maintenant en rigolant. Je sais qu'ils seront encore quelques uns à me rejoindre sur cette partie vélo, donc, pas de panique, je me dis que ça rendra la fin du parcours moins solitaire si on roule à plusieurs (à distance réglementaire, j'entends bien!). Là aussi, l'allure n'est pas franchement plus rapide, on joue au chat et à la souris sur quelques Km, tantôt devant, tantôt derrière, et je me rends compte qu'on est en train de revenir sur Renato, doucement, qui semble moins à l'attaque dans les parties descendantes....
C'est à ce moment qu'un OVNI, ou plutôt un ORNI (objet roulant non identifié) me dépasse, dans le raidar qui se trouve avant le ravitaillement, c'est un bolide rouge et blanc, à peine le temps de voir le numéro de son dossard, N° 43, marqué Osele.....on saura vite de qui il s'agit !

Arrive le ravitaillement de trivogno au Km 96, Stéphane y arrive le premier, moi le second......c'est un peu la panique à bord, je re rempli mon bidon, attrape une banane, merdouille, le bidon de Stéphane qu'il vient de remplir tombe, j'attrape un gros morceau de Grana Padano (fromage semblable au parmesan), en casse un morceau, l'autre dans le bec, Renato arrive en N°3, c'est un peu le bazar....ça repart !
Crédit photo: Giulia Greotti
Crédit photo: Giulia Greotti


Crédit photo: Giulia Greotti

Je reprends donc la position N°3 de la course à ce moment, mais même si je garde la tête froide, je me rends compte que la situation engendre un stress qui trouble la conduite « sage » de la course. Les allures ne sont certainement plus celles que j'aurais gardées si je roulais seul, essayant de garder les deux autres en point de mire ou de laisser un espace suffisant entre eux et moi si je suis devant.
Arrive rapidement la bascule de Mortirolo vers le retour dans la Valle Camonica, la descente est raide, avec un bon goudron, seul bémol, on rejoint une route très circulée dans le sens inverse des gens qui montent sur le col. Motards et voitures sont en nombre à cette heure de la journée, il est pourtant encore tôt, 9h40 environ. Donc, gaffe dans les virages, pas dépasser et prévoir que celui d'en face peut couper le sien.....Stéphane me talonne et je sens que je le gène, je freine et le laisse passer, l'avoir devant sera de plus un atout avec les disques de ses freins dont le sifflement au freinage me préviennent des endroits où il faudra ralentir.
C'est vraiment raide et on se suit comme ça jusqu'en bas, quand on retrouve le route de la Vallée juste avant Incudine. Là, c'est un faux plat de 10 km avant d'arriver à la traversée de Ponte di Legno. Le moment de croiser Ursula, Max, Bärbel et Harald à Tému se rapproche.
Renato qui n'était pas loin me reprend également, il passe devant, je laisse passer. Il s'éloigne progressivement mais reste en ligne de mire.

KM 136, Tému, je m'attends à voir mes supporters et ça réchauffe le cœur. On s'est fixé le même point d'attente que l'an dernier, c'est à deux pas du camping.



La forme est là, j'ai la banane,le moment est venu de les voir sur la gauche de la route, je me redresse en lâchant le guidon pour faire un signe des pouces pointés vers le haut, le large sourire qu'affiche mon visage est parlant, tout baigne !

Encore quelques instants sur la grande route qui se redresse et qui reste peut être l'endroit le moins intéressant du parcours. Au loin, la gare des remontées mécaniques de la station de Ponté, le carrefour pour obliquer sur la gauche et rejoindre le centre du village est en ligne de mire. Là, comme sur pas mal des endroits de passage stratégiques sur le parcours vélo, des bénévoles assurent la sécurité des coureurs en bloquant les automobilistes, c'est très appréciable. Après une petite partie descendante, un rond point avec un caramel et sa voiture qui essaye de forcer le passage, encore un bout droit, passage au dessus du torrent, oblique à droite, la coeur de village est en vue. Le revêtement de sol change à l'entrée de la zone piétonne, le goudron cède la place à un granit lisse et propre, là, sur la droite, Francesco me voit arriver et crie « Tu es cinquième », c'est bon de la voir là à encourager « ses » athlètes. 5, oui, c'est top !
Je me dis alors que me placer top 10 de cette course serait un must réalisable.......mais attention, ce n'est pas terminé !
Crédit photo: Daniele Bua

Tout de suite après l'entrée dans la partie piétonne du centre village, un VTT vient ouvrir mon passage, sifflet au bec, pour faire s'écarter les personnes dans la rue. Ca monte assez raide mais les applaudissement et encouragements galvanisent, ça roule tout seul. Bientôt la place centrale du village et son ravitaillement avant l'attaque du Passo Gavia ! 
Arret au stand avant Gavia Crédit photo Stonebrixiamanxtri
Extrait du live sur la page Facebook de la course

Je marque un arrêt rapide, le plein du bidon et une demi banane prise à l'arrachée, on est toujours en confrontation avec les deux qui sont partis devant et que je tiens à garder en ligne de mire. Ca repart donc aussi sec, toujours mon VTT devant, piloté par un ado que des potes à lui sont venus rejoindre. La joyeuse escadrille ainsi constituée m'accompagne jusqu'à la sortie du village non loin de là, me laissant au moment de la bifurcation à gauche, direction Gavia. Ciao les gars!

KM 140, le parcours se fait véritablement alpin, j'adapte mon allure à la pente qui se relève doucement mais sûrement. Viennent les premiers virages en épingle et j'aperçois furtivement Renato un lacet plus haut, c'est bon ça, rester en contact.
Tiens, re-voilà Stéphane, mon belge que je croyais devant arrive derrière moi. « Mais t'étais où ?, je croyais que t'étais devant ? ». Il me raconte qu'il s'est arrêté à une fontaine pour se faire tremper les pieds dedans.....puis passe et s'éloigne lentement.....mais sûrement !

KM 150, on est à peu près à 2000m d'altitude, il ne reste « que » 7 km avec pas tout à fait 600 m de dénivelé, et c'est à ce moment, alors que tout allait pour le mieux, que quelque chose de sournois me tombe dessus ! Ni pierre, ni seau d'eau.....mais une fatigue soudaine et contre laquelle je ne peux lutter, un état de somnolence s'empare de moi, tout entier. Nom d'un chien, mais que se passe t'il ?

Houston, on a un problème..... Je suis atteints du syndrome de Roland. Oui, Roland m'avait raconté cet état de fatigue, comparable à celui dans lequel on peut se trouver en conduisant en voiture, qui te tombe dessus sans crier gare et d'une violence sournoise. Maintenant, je sais ! Comment s'en défaire ? Je pourrais me coucher là, au bord de la route, sans aucun problème, je m'imagine faire une sieste, là, à même le bas coté......pourtant, je sais que je suis en course et que c'est juste impossible de m'arrêter là. 
Roland l'avait fait et avait souffert ensuite d'hypothermie. Je ne dois pas m'arrêter, il faut continuer coûte que coûte.....pourtant, je ne peux plus avancer, je me retrouve à pédaler les yeux fermés sur quelques mètres, ça fait tellement de bien ! Attention, ouvre les yeux, tu vas te planter, ouvre les yeux ! Je finis par me caler contre le mur de rochers à droite de la route et me pose la tête sur le guidon, les pieds dans les cales et les mains sur les freins, oui, la pente est forte et je ne peux m'arrêter là et maintenir le vélo à l'arrêt sans freiner pour ne pas reculer. Le repos que cette position totalement inédite et oh combien tordue m'offre pourtant un repos efficace et salvateur. Je reste comme ça quelques secondes, minutes peut être, quand une voix derrière moi me crie, « Allé », « Dai, dai » avec insistance, la voix passe, j'ouvre les yeux, un bonhomme avec la trifonction rouge de l'épreuve de l'an dernier, flockée « Gianni » qui se retourne et continue à me relancer, sans s'arrêter. 
Crédit photo Daniele Pezzoni
Il s'agit de Giovani Fantoni, un Stonebrixiaman de l'année passée qui suit un ami à lui engagé cette année sur la course. Lui ne court pas cette fois ci, il encourage, et il le fait bien ! Il me sort quelque peu de ma somnolence, m'ayant redonné conscience de l'importance du moment, ne pas lâcher, sous aucun prétexte. Je me remets alors à pédaler, m'arrachant à mon rocher avec difficulté. Les premiers tours de pédales sont scabreux dans cette pente, puis ça retourne rond, pas vite, mais ça tourne. Un coup d’œil sur le compteur, allé, reste encore quelques kilomètres, oui, mais à 10km/h.....quand tu fais le compte, ça va durer un bout de temps.
Crédit photo Daniele Pezzoni

Je vois d'autres gars me doubler, je crois, deux ou trois, je ne sais pas, en fait, je m'en tape un peu, je viens de basculer du mode performance au mode finis si tu peux, je suis déçu, mais ça ne dure pas, je me console en me disant que j'aurais réussi à faire une belle natation et que le début de course m'aura permis de vivre des grands moments d'émotion. Puis, je sors de cet état de déception et retrouve des idées positives au fur et à mesure que je m'élève. Je viens de me faire doubler par une autre trifonction rouge, mais cette fois, c'est celle d'un Danois, Micael, qui passe doucement. Je me dis que je pourrais le suivre et voir si ça tient en allant un poil plus vite......ça a l'air de marcher, je reste comme ça un petit bout de temps, jusqu'à ce que je trouve que finalement, je pourrais aller encore un poil plus vite, et je recolle doucement, finissant par me retrouver à nouveau à sa hauteur. J'ai l'impression de reprendre du poil de la bête, la grosse fatigue n'est plus là, je recommence à avoir des sensations quasi normales. (!?)

Crédit photo Daniele Bua

On est plus qu'à 2 km du sommet, on avance, puis les derniers virages, le lac en bas à gauche, la légère re-descente, on y est ! Nom d'un chien, mais que s'est il passé ? Je n'ai jamais eu à faire avec ce genre de truc, surtout aussi tôt dans la course.
L'instant est intense, je me réjouis de retrouver mon sac monté par l'organisation pour ce point stratégique. J'y ai glissé de quoi me ravitailler correctement. Je prends le temps, déchausse, enfile le coupe vent, même s'il ne fait à vrai dire pas vraiment frais, m'assois sur un banc posé là, attaque un sandwich......heu, super sec mon truc là, je mords deux fois dedans mais sans grande conviction. Je laisse alors tomber pour un gâteau de riz...mince, sans cuillère, pas très appétissant le machin là tout compte fait. En fait, je suis quand même déjà assez écœuré et rien vraiment ne réussit à me donner envie de manger.
Je me force quand même à finir ce gâteau de riz aux ¾, c'est important pour la suite, il faut prendre des forces, tant qu'on arrive encore à assimiler. J'explique aux gars qui sont là ce qui c'est passé, mettant ça sur le compte de ma nuit pourrie avec moins d'une heure de sommeil, tentant de coller une raison valable sur cette défaillance. Je retourne ça en boucle et rumine.....grrrrrr, pas content !
Quelques autres coureurs arrivent, je me dis qu'il est temps de repartir. Un verre de coca, un verre d 'eau, je tends le sac au bénévole qui tient ce point de ravitaillement, rechausse, clac, c'est parti pour 17 km de descente et revenir à 1300 m d'altitude.
Crédit photo Daniele Bua

La descente me permet de me refaire une santé, même si elle nécessite en fait pas mal d'énergie car il faut garder l’œil et une attention constante, toujours au frein, doser pour ne pas déraper, faire gaffe aux motos et voitures qui montent, bref, rester lucide et concentré. Contrairement à l'année dernière, pas de gros mal aux vertèbres ni à la nuque, ça se passe bien. Par conte, j'ai soif, mais impossible de lâcher une main pour prendre le bidon, j'attendrai d'arriver à un passage moins raide sur le bas pour le saisir et m'occuper de quitter la veste.
Un virage en épingle, je croise Roland et Tony (dont j'ai les chaussures de vélo aux pieds) , ça fait super plaisir de les voir là, cette année, faut pas caler en route, gogogo Roland!

Je me souviens de ce que m'a dit un gars là haut, Patrick Marchal, un autre belge qui était arrivé quelques minutes après moi au sommet de Gavia, « attention dans le virage sur le pont avec la maison brûlée, il y a du gravier ». Il avait raison, j'ai bien ralenti au passage, effectivement, pas mal de graviers, de quoi se la mettre bien comme il faut.
Je me rapproche de Ponte di Legno et du parc de transition T2. Mais que va donner la course à pied après ce qui m'est arrivé ? Les 18 minutes de descente m'ont laissé le temps de réfléchir sur les causes éventuelles de mon gros coup de fatigue, en dehors de la nuit sans dormir, le problème d’acclimatation à l'altitude me vient maintenant aussi comme une évidence. Arriver du niveau de la mer sans avoir fait de préparation en altitude pour ce genre de course est une erreur monumentale. Je suis en train de la payer cash ! Erreur de débutant que je suis, faut bien apprendre un peu, au détriment de ses erreurs, c'est la règle.

La route devient moins pentue, c'est le temps de boire et de quitter la veste, rapidement mise en boule dans la poche arrière, je file droit vers Ponte, les flèches de marquage du parcours obliquent à droite vers l'entrée haute du village, à nouveau changement de revêtement de sol, dans ma tête, la T2 se trouve en bas du village tel qu'indiqué sur les parcours mis en ligne sur le site internet de la course, contrairement à l'année passée où la T2 était sur la place centrale. 





je ralentis en arrivant proche de la place centrale, m'attendant à devoir aller tout droit pour traverser en sens inverse ce que j'avais parcouru à la montée......aperçois Ursula sur le coté et.......comprends qu'en fait la T2 est toujours là, à quelque mètres.....oups, les pieds encore dans les chaussures et les chaussures dans les cales....arrêt d'urgence, on frôle la chute pourrie.



Le parcours vélo aura duré........8h26 minutes, contre 7h49 l'an passé (avec 8 km de plus sur le parcours mais surtout un gros coup de moins bien), 15 ième temps vélo, je suis 11 ième au scratch à ce moment là de la course.


    Avant la course - Natation - T1 - Vélo - T2 - Course à pied - Après la course - Race info.-

StonebrixiamanXtri 2017: Transition 2

Le vélo est pris en charge par un gars qui me le prend des mains, on me tend mon sac dans lequel mes affaires de course à pied se trouvent en me conduisant vers une tente fermée pour me changer. Je m'assois, mais qu'est ce qu'il fait chaud ! Je retourne le sac sur le tapis, au sol, quitte mes chaussettes de vélo pour enfiler celles de running, enfile les manchons de compression, la casquette, les lunettes, la ceinture porte bidons avec deux petits bidons remplis d'eau fraîche....à cet instant, Ursula écarte la bâche qui sert de porte pour me demander si tout est ok, je lui glisse que j'ai failli m'endormir sur le vélo, que ça va mieux, elle me demande si elle peut prendre un truc, je quitte ma veste de vélo et lui tend.....je pense que c'est bon pour partir, je sors, après avoir glissé mon casque dans le sac T2 afin de la donner à l'organisation. C'est parti !

La T2 aura duré 3minutes 58 secondes, 11 ième temps.

    Avant la course - Natation - T1 - Vélo - T2 - Course à pied - Après la course - Race info.-

StonebrixiamanXtri 2017: Course à pied


A peine sorti de l'aire de transition, je croise Harald et Bärbel que j'embrasse rapidement en pasant, puis je file vers la sortie de la place centrale, direction le haut.....en effet, ça grimpe raide d'entrée de jeux. Je vais essayer de ne pas me défoncer sur les premiers kilomètres en marchant dans les cotes raides et en courant dès que ça se calme et dans les descentes.

Il fait chaud, très chaud. La première partie du parcours est une boucle de 10 km avec environ 200 m de dénivelée sur les 5 premiers km. Le fléchage du parcours est super bien fait cette année, des flammes orange fluo / 3M sont idéalement disposées, dès qu'on lève un peu la tête, on en aperçoit une. 

Les premiers kilomètres sont durs, il faut s'adapter à une nouvelle position, à un nouvel effort, d'autres muscles rentrent en mouvement et la pré-fatigue de ce qui c'est passé avant qui pèse toujours sur ces attaques qui suivent la transition. Je sais que le parcours dans cette première boucle comprend beaucoup de passages devant des fontaines, alors je prends mon mal en patience et j'attends d'en croiser une pour me rafraîchir.

Perdu dans mes pensées, d'un seul coup, je me retrouve à me poser la question « qu'est ce que j'ai fait du GPS de suivi du parcours ?» Une sueur froide plus tard, je réalise que le mouchard est resté dans la poche arrrière de la veste vélo avec le téléphone, et mince, je n'assure vraiment pas, la même chose que l'an passé, et avec le GPS, le téléphone, je ne peux donc pas prévenir Ursula que c'est elle qui l'a et qu'il faut qu'elle me le rende au plus vite. Je dois la croiser vers Tému.....(dans 10km)

Je me retourne régulièrement, me croyant poursuivi par des fantômes..... pensant qu'un autre concurrent va arriver car il me semblait avoir vu arriver un vélo quand je quittais T2. C'est bon signe, je repasse en mode course, moins résigné. Pour autant, et aussi loin que je puisse voir derrière moi, pas de trace de coureur. 
Ca me donne un peu de courage et les parties pas trop pentues sont courues, avec une petite foulée assise, du plus pur style « j'ai plus rien dans les cannes ».
Chemin faisant, arrive le premier ravitaillement, un demi verre de coca chaud....humm, pas terrible, je file. Peu après, ça bifurque à droite pour attaquer la partie en balcon au dessus du village. Le parcours est très chouette, une vue dégagée, un peu d'ombre aussi qui arrive et la première fontaine. Ouah ! Là, c'est un petit moment de bonheur, la tête sous l'eau et les bras trempés dans le bac en bois, l'eau est hyper fraîche, je m'en délecte, elle est très bonne à boire !

Ca repart au petit trot comme ça, alternant les moments de marche et de petite foulée, le corps commence à s'habituer, je reprends du poil de la bête.

Un moment, un passage très raide attaque dans la forêt, tiens, je ne me souvenais absolument pas de ce passage là sur la course de l'an dernier,.....normal, c'est pas le même parcours, les mains sur les cuisses, ça tire, .....ça passe. 

S'en suit un joli monotrace en sous bois, la température devient agréable, ça court à nouveau!

KM 8, le village de Villa Daleg, je suis arrêté à la fontaine quand je vois une grande silhouette rouge venir vers moi. C'est Micael, mon Danois de Gavia, qui revient sur moi. Il me dit qu'il a chaud, me demande si on peu boire l'eau des fontaines ? Que oui, c'est la meilleure !
Je repars alors qu'il boit, on se reverra plus tard, « see you soon »

Le parcours attaque la descente sur Lecanu et Temu, pour bientôt boucler les premiers 10 km. Je me rends compte que ma forme n'est pas celle des grands jours. Arrivée à Temu, on traverse la route principale pour aller sur l'autre versant de la vallée. Je m'arrête encore à un ravitaillement de l'autre côté de la route, discute une minute avec les bénévoles généreux de compliments et qu'on sent admiratifs. Là encore, du coca chaud, il faudrait vraiment rapprocher les ravitaillements des fontaines pour y faire tremper les bouteilles et pouvoir servir des boissons à moins de 30°C.

La petite partie du parcours qui suit est une descente assez raide jusqu'au ruisseau, je devine Max qui m'a vu arriver et Bärbel un peu plus loin qui vient à ma hauteur. Je lui dit qu'aujourd'hui, ça risque de durer longtemps..... Elle m'encourage en disant que cela ne fait rien. Je suis gêné de les faire suivre mon rythme d'escargot. Un peu plus loin Harald est là aussi, je lui explique pour le GPS, il va tout de suite essayer d'attraper Ursula au vol (elle était en train de me rejoindre en vélo pour m'accompagner sur les kilomètres qui suivent). Du coup, elle devra à nouveau faire le trajet inverse pour retourner au camping de Tému, prendre le GPS et le téléphone et me les ramener en me trouvant sur le parcours un peu plus loin.
Ca me fait presque oublier combien ça monte. En effet, tout de suite après le ruisseau, coté sud de Temu, les kilomètres qui suivent sont là aussi assez raides. Un large chemin de forêt va nous conduire jusqu'au petit lac du « rifcugio campanna Valbione ».

Quelques centaines de mètres sur ce chemin et je vois arriver Ursula, que c'est bon de la voir arriver. Elle a sur son vélo pas mal de choses pour m'assister, eau pétillante fraîche, un vrai luxe, le GPS et le téléphone que je mets dans la poche du la ceinture porte bidons, celle offerte par l'organisation de la course qui va plutôt pas mal. Elle a aussi pensé aux bâtons que je n'avais pas demandés sur le plan de course avant le 22km (attaque des pentes très raides), mais qu'elle a pris « au cas où », et puis, le plus important, sans doute, sa compagnie, crucial je dirais même pour redonner du baume au cœur sur cette course où 99% du déroulé du parcours se ferait sinon seul, les autres coureurs étant disséminés par ci par là.....
Le lac, qui se situera à la fin de ce chemin forestier qui monte, marquera le 16 ième kilomètre et la bascule descendante après 5 bons km de montée.
C'est un des endroit où les gens du coin viennent boire un coup en famille, du coup, on croise quand même quelques bagnoles peu en attention vis à vis de nous qui sommes obligés de respirer la poussière qu'elle soulèvent en roulant sur ce chemin de terre. 

Les kilomètres se déroulent pourtant assez bien, même si j'avoue à Ursula que si elle n'avait pas été là........j'aurais eu tendance à mettre le clignotant à droite.....ou en tous cas à y penser fortement. La forme n'est effectivement pas au rendez-vous, la température est très élevée, le mental en dent de scie. Mais on commence à connaître la bête, les jours de course longue, c'est souvent comme ça, alors on essaye de penser à autre chose et, tout à coup, on se retrouve quelques kilomètres plus loin, sans vraiment s'en être rendu compte. C'est là aussi que commence le travail sur soi, et cet apprentissage de sois, propre aux courses de ce format. De ces voyages intérieurs d'une dimension immense, le puits sans fond de son intérieur et ses lieux dérobés à découvrir, ceux dont on ignorait l'existence avant ça. Et c'est aussi pour ça qu'on y retourne, pas seulement, certes, mais aussi !

Km 16, 15h30, on arrive au lac, un air de colonie de vacances, les familles autour de tables en bois, ça mange des glaces, ça boit un coup, c'est tranquille. Le parcours fait le tour de ce lac, j'ai une envie énorme de piquer une tête, mais, malheureusement, le lac est clôturé (?!). Le lac est une retenue, peut être pour de la neige de culture en hiver, peut être une réserve de pêche, en tous cas, il est clôturé ! L'envie est trop grande, je fait le pas de passer par dessus le grillage, bon, j'aurais voulu y nager mais un type à coté me regarde d'un sale œil, il est temps de repartir. J'aurais juste pu me rafraîchir les bras et la nuque, et repartir comme je suis arrivé, en refaisant le grillage.....
La suite du parcours plonge dans le sous bois, un monotrace raide avec des marches, qui empêcheront Ursula de pouvoir suivre plus en avant avec moi. C'est le moment pour moi de prendre les bâtons, ils me donnent pas mal d'assurance dans cette descente et me permettent de bien repartir sur un petit trot bien posé. Au passage, je rattrape même quelques gars qu'on avait vu plus bas mais je n'avais pas vu me doubler (!?). peut être auront ils zappé le tour du lac ? Peu importe, je repasse devant, et cela me rassure, non pas sur mon classement dans la course sur lequel j'ai définitivement mis une croix, mais sur mon état qui ne semble finalement pas si mauvais que ça, à la vue de ce que je vois sur certains des mecs dans le sous bois.
Cette descente est vite avalée, glissant sur les aiguilles de Mélèzes, j'arrive au Km 18,5, sur la piste cyclable qui ramène au centre village, à la T2 par laquelle transite le parcours à pied. Je me remets à courir sur cette piste très légèrement descendante, agréable de revoir que les jambes suivent à nouveau.
Quelques centaines de mètres plus loin, je revois Micael, il marche, en arrivant à sa hauteur, il me dit qu'il a soif, me dis qu'il a la langue en papier de verre....je lui propose une de mes gourdes, il accepte. Je lui propose qu'on reparte pour un petit footing jusqu'à la place centrale, et c'est reparti, petite foulée mais ça court, ça fait plaisir de ne pas courir seul, on partage ces moments et c'est bien sympa.
La place centrale se rapproche, une nouvelle étape de franchie, je sais qu'ensuite, la petite portion de piste cyclable, sur l'autre rive que celle que nous avons empruntée pour descendre, nous amène au pied des pistes de skis que nous allons remonter, et que la partie raide approche. Je me suis dit qu'ensuite, la course serait sortie de manière quasi-sûre.
On arrive sur la place par un escalier, un bénévole qui nous voit obliquer à droite vers la sortie du parc à vélo, nous donne la direction opposée, vers la gauche. On suit son indication pour partir dans la rue piétonne à gauche, même si ça me paraît bizarre, je suis !

 A ce moment, Micael croise son support et me dit qu'il fait demi tour pour s'arrêter à la tente de ravitaillement, je lui dis qu'on se verra plus tard, que je continue comme ça doucement, et je m'en vais, reprenant en fait le départ de la première boucle à pied. Je vais comme ça jusqu'à la sortie de la zone piétonne, ça monte raide. Mais je me pose la question de savoir si c'est le bon chemin car de mémoire, pour moi, le parcours partait à droite, pas à gauche. Je m'arrête, demande à des passants si ils savent si la course prend cette direction sur la deuxième boucle, ils me disent que oui....je continue quelques mètres, je doute de plus en plus, je pense qu'ils se trompent, je pense que je suis maintenant trop loin de la place centrale pour faire demi tour. Je me souviens d'un point sûr, il faut regagner la piste cyclable sur l'autre rive. Je connais un peu le village et décide de poursuivre en obliquant vers le bas pour retrouver le torrent, le suivre et retrouver la piste cyclable. Je suis vénere de m'être trompé de la sorte, même si mon classement n'importe plus vraiment, le fait de tourner en rond et de peut être rallonger le parcours me rend vraiment de mauvaise humeur !

Je retrouve le torrent, il me faut trouver le passage du pont pour passer de l'autre côté, je reconnais maintenant le parcours emprunté dans l'autre sens, le remonte, trouve le pont, traverse.
Je me demande combien de temps je vais mettre à retrouver le parcours « normal », je suis vert d'avoir laissé partir ainsi mon compagnon de course qui je l'espère aura entre temps reçu la bonne indication de parcours.
Je croise une paire de français qui suivent un mec sur la course, ils sont surpris de me voir là, je leur explique mon histoire, ils ont un plan du parcours avec eux, on regarde, et ouais, il fallait prendre à droite sur la place centrale, merdouille, mais bonne nouvelle, je retrouve le parcours officiel dans quelques instants, au km 22 environ. Il me reste deux kilomètres environ avant de retrouver Ursula qui devrait être là, peut être.
Le parcours à cet endroit, chemine à travers un sous bois assez agréable, lieu de picnic aménagé avec des bancs, des aires de BBQ etc...en bord de torrent. Il y fait un poil plus frais et je cherche une fontaine, il doit bien y en avoir une quelque part.....bingo ! La belle fontaine, à gauche, me tend les bras. Là, deux français concurrents sur la course s'y trouvent aussi. On échange quelques mots, je bois l'eau fraîche mais me retrouve en envie compulsive de coca quand je vois flotter les bouteilles appartenant certainement à des personnes pic niquant non loin de là....ni une ni deux, je prends une des bouteilles pour remplir ma gourde.....choquant un peu les gars de la course qui doivent me prendre pour le voleur de service. Je me dis qu'au pire, les gens de la bouteille me l'auraient proposée si je leur avais demandé.....question de vie ou de mort (?!)....à cet instant, presque !
En fait, ce n'est pas du coca mais un truc super amer, j'ai retrouvé ce que c'était ensuite sur internet, du San ....immonde !


Allé, faut repartir, je trottine et aperçois un peu plus loin Bärbel, chouette, j'approche de l'attaque de la piste de ski, c'est de bonne augure !
Ursula, Max et Harald ne sont pas loin, ils m'attendent proche du pont au Km 23. Il est temps pour moi de changer de chaussures, j'opte pour mes Ultra Raptor typées trail, meilleur maintient du pied et profil accrocheur pour la semelle, plus adaptées pour ces parties raides et caillouteuses, d'autant qu'on arrive à un moment de la course où le pied se fait moins sûr.

La pause dure 2 à 3 minutes, le temps de boire encore quelques gorgées d'eau pétillante. Par contre, je commence à sentir un vrai dégoût pour tout de qui est solide au niveau de l'alimentation.
Ursula me dit qu'elle m'accompagne sur cette partie raide, jusqu'au KM 27 environ, moment ou la parcours croise la route allant à Passo Tonale. Là, Harald prendra le relais.
Un petit kilomètre de plat et on attaque cette piste de ski. Et, oui, c'est raide ! Tantôt herbe, tantôt cailloux roulants sous les pieds, je suis heureux d'avoir mes bâtons. On doit faire gaffe aux fous roulant, les mecs en VTT, harnachés comme des guerriers, qui prennent le télésiège pour se taper des descentes de oufs, à fond les manettes.
Crédit photo Andrea Gambarini

KM 24, on croit apercevoir un point de ravitaillement sous des arbres, mais on doute, on voit des bikers VTT qui sont arrêtés là, tiens, oui, c'est bien un point de ravitaillement de notre course. Bon, je me poste devant la table qui est là....hummmm, pas vraiment d'humeur à manger moi, allé, un ptit coca, coca loca, je dis en rigolant, demi verre, chaud, comme d'hab.....bon, assez traîné, on repart.
Il aura fallu quelques mètres juste après pour que je sente comme une grosse fièvre monter en moi, des frissons, des spasmes et......un joli vomito, le coca loco qui revient, il n'a pas aimé la descente trop rapide dans mon œsophage. Ce n'est pas une bonne nouvelle, si je commence à ne plus rien assimiler, à ce stade de la course, la fin risque d'être épique.
On repart, les bâtons m'auront permis de ne pas avoir à me recroqueviller sur ce premier stop technique.
Ca grimpe et ça grimpe encore, des binômes coureurs / support commencent à revenir sur nous, de plus en plus nombreux, mon allure décline, c'est un fait, et je n'y peux rien, malgré la meilleure volonté du monde, je scotche grave !
Crédit photo Giulia Greotti

Crédit photo Giulia Greotti

Crédit photo Giulia Greotti

Crédit photo Giulia Greotti
Mais maintenant, plus question de renoncer, la perspective de bientôt arriver sur le plateau de Passo Tonale me donne l'envie, et le corps suit.

KM 26, le pente se calme, on prend pied sur le plateau, on discute beaucoup, de tout, de rien, des mecs qui sont là autour, de comment je me porte, de la suite de la course et des prévisions de temps d'arrivée éventuelle etc....
On s'attend maintenant à voir Max Harald et Bärbel d'une minute à l'autre. On se remémore l'épisode GPS de l'an dernier, la course poursuite pour retrouver Ursula qui avait là aussi le GPS que je lui avait laissé dans mon sac refilé au km30, sans moyen de lui signaler etc......
On voit bientôt la route, et, effectivement, Max qui vient vers nous en courant, ça descend pour lui !
Ca va être le moment pour Ursula de me laisser, et à Harald de reprendre le flambeau. Assistant d'un Nico. à la dérive.
A plus.......je me dis à ce moment qu'en fait, rien est encore gagné, comme je l'avais cru plus tôt, la course est encore longue, la partie la plus pentue reste encore à venir, et mes forces m'abandonnent inexorablement, sans possibilité de refaire le plein. Combien de temps vais-je pouvoir tenir comme ça ?

Passation de relais, Oon attaque, cette fois avec Harald au Km 27,3, altitude 1740m, la parcours restant à exécuter se déroule en plusieurs phases, d'abord, en longeant le plateau du col de Tonale sur son coté gauche, et remontant pour 3 km et 200m de D+, ensuite, descente courte de 2 km en revenant à hauteur de la route, puis, le dernier morceau avec 10 bornes pour 800 m de D+, avec au bout, le Passo Paradiso et ses 2585m d'altitude.
C'est en revenant sur la route que le checkpoint de passage aura lieu. Là, un toubib peut décider de te laisser passer.....ou pas, selon ce qu'il discernera de ton état de forme. Aï, me dis-je, faudra avoir belle allure !
Il est environ 18h00 et les pronostics sur le temps pour accomplir ce chemin restant vont bon train. Harald est positif, moi, je suis....dubitatif. Vais-je simplement réussir à monter là haut. Les spasmes reprennent, je m’arque boute sur mes bâtons, laissant passer l'orage, je n'ai rien à vomir, mais le corps se manifeste comme il peut et c'est très lourd à supporter. Avant ces spasmes, toujours le même ressenti de moins bien, lessivé, fièvre, spasmes, rien à vomir, plié en deux sur les bâtons, quelques minutes....et puis ça passe, je suis de nouveau « frais » et dispo. Pour reprendre le pas d'une bonne allure. Les candidats qui voient le scénario derrière, eux, continuent à monter pour me rattraper et doubler. Il en sera ainsi tous les quart d'heures environ, 20 minutes peut être, rythmant maintenant le déroulé du parcours.

J'aurais préféré qu'il le soit par autre chose, mais c'est ainsi. Je me questionne quand même sur ma place dans le « classement », à quelle profondeur du puits me trouvais-je maintenant ?
J'ai l'impression d'être le jaune d'un oeuf qu'on aurait jeté sur une vitre, il descend, inexorablement, sans pouvoir agir sur ce lent mouvement qui l'entraîne vers le bas.....pathétique!

Ces trois kilomètres n'en finissent plus, faut dire que je me traîne bien comme il faut, et à chaque bosse, on se dit, ça doit être derrière qu'on oblique, puis non, encore une bosse, puis encore une.
On finit quand même par le voir ce point stratégique, de là, on voit le cheminement clair de cette petite route qui descend pour retrouver le col.
On est tentés de courir, mais on est d'accord que vu le positionnement dans la course, il vaut mieux rester raisonnable et garder le peu de forces restantes pour le dernier morceau, rien n'est joué.
Pendant ce temps, on voit aussi le temps changer. En effet, des nuages commencent à monter et à noircir de manière assez dense les sommets derrière nous. Pour le moment, ils sont côté opposé au sommet du Passo Paradiso et ça semble malgré tout assez stable. On garde cependant un œil sur le ciel.....
La descente se fait bien, on commence à chercher l'itinéraire de visu. sur le versant opposé, on reconnaît bien les premiers kilomètres du chemin large du début.
Crédit photo Ursula Perrier

Crédit photo Ursula Perrier

Crédit photo Ursula Perrier


Vient la route du col, on longe l'arrière d'un ancien hôtel désaffecté du plus pur style architectural des année de folle urbanisation en montagne, bien lourd, bien bétonné. Le retour à une sorte de civilisation après les traversées très nature n'est pas forcément super agréable, mais le passage sera de courte durée.
Vient ensuite un parking bardé de camping cars, de l'autre coté de la route, là, à quelques centaines de mètres, le checkpoint apparaît, c'est là !
Une tente, des tee shirts de l'organisation, le sac d'Harald est vérifié, lampe frontale, vestes coupe vent, gore tex, bonnet et gants, tout est là, on peut y aller. La vérification est minutieuse, on me propose quelque chose à manger, je fais signe que ça ne passe plus....mais je dois quand même avoir une mine pas si défaite que ça...pas d'exam. Médical, et on repart donc de plus belle, boostés par ce passage symbolique, la porte du Paradiso vient de s'ouvrir, faut vite passer, on sait jamais qu'elle nous claque à la gueule !
Crédit photo Ursula Perrier

Km 32, 19h05, cette fois, ça sent quand même bien l'écurie, mais je n'en peux plus et le seul fait d'évoquer la distance et le D+ à accomplir m'épuise, tout me paraît du domaine de l'impossible. Dire comme le mental est fragile, 5 minutes avant tu te sens à nouveau inébranlable, puis, en un clic, à nouveau au fond du trou.
L'année dernière, on avait quand même mis deux heures pour rejoindre le col.....deux heures, c'est super long ! Une éternité même.
Les premiers kilomètres de ce chemin gravillonné, large, me semblent durer à l'infini. J'aimerais déjà être après le tunnel et regarder le glacier à gauche, toucher des yeux le dernier col. Ma bonne humeur me quitte aussi, tout m'irrite, je suis de moins en moins bavard, des pensées pas très positives commencent à occuper de plus en plus de place dans ma boite crânienne...il est temps que ça se termine. Le Paradiso, en train de ressembler à un court passage en enfer, ce n'est pas le souvenir que j'avais de mon passage l'année passée, mais le sport est ainsi, on ne peut jurer de rien, aucune course ne se ressemble.
Les spasmes ne s'arrêtent pas, toujours sur le même rythme, et toujours le même scénario, à chaque fois, les mecs qu'on voyaient loin derrière finissent par se rapprocher et à doubler, pendant que moi, je regarde le sol, plié sur mes bâtons, attendant que ça passe. Pas très fun le truc. Presque envie de dire « allez y les gars, aujourd'hui c'est porte ouverte ! »
Les prochains, au niveau du tunnel, ou plutôt les prochaines, deux filles, c'est le binôme Karla Oblack, la vainqueur du AutriaXtrem 2016...entre autre. On échange quelques mots, elle reste concentrée sur sa course, en train de mener pour la partie féminine de l'épreuve.
Ses pas sont sûrs et le rythme est bon.....Go Karla, Go !
Crédit photo Daniele Pezzoni 
On sort du tunnel, il reste encore environ 6 Km et 700m de dénivelée......ce tunnel marque encore un point de passage clef sur le parcours, il ouvre véritablement les portes du paradis. Le paysage change presque radicalement, comme un portail sur la haute montagne . Ca y est, le glacier, l'immense moraine à gauche sont le signe que bientôt, très bientôt, la délivrance sera pour moi. Je me mets à penser à la dernière côte, aux derniers mètres et l'émotion qui, après autant de temps passé sur cette course, sera certainement au maxi.



Petite chair de poule, gorge serrée, les dents aussi, serrées.....car en réalité, la douleur est désormais ma compagne. Elle est partout, dans mes jambes que j'ai de plus en plus de mal à ramener précisément sur les pierres du sol, mon dos, mes mains, la gorge sèche de ne pouvoir avaler la moindre goutte d'eau depuis des heures, la langue semblable à du carton, du mal à déglutir une salive épaisse, de plus en plus de mal à concentrer ma vue sur autre chose que les quelques mètres devant.....et aussi un drôle de phénomène au niveau de l'oreille interne qui me fait m'entendre comme en sourdine, amplifiant des bruits de déglutition ou de machoire mais qui me coupe des sons extérieurs. Pourtant, heureux d'être là, pourvu que le corps tienne ! Le mental, maintenant, n'est plus qu'orienté sur le but ultime, finir !
Crédit photo Daniele Pezzoni 

Le chemin se fait sentier, le gravier fait place à la pierre et la terre, la pente s'escarpe, le paysage s'ouvre de plus en plus. Le cheminement est lent, très lent, pourtant, les kilomètres finissent quand même par se dérouler, on reconnaît les passages de l'année passée, on discute quand même avec Harald. Je me dis que ça doit être dur pour lui de me seconder avec aussi peu d'allure.
Le temps commence à vraiment changer. Le ciel, jusque là plutôt clément de ce coté de la montagne, commence aussi à virer de manière inquiétante ici, au dessus de nos têtes. Pas de tonnerre pour le moment, mais un vent frais et des nuages noirs, annonciateurs de l'imminence d'un orage.
Pourvu qu'on passe avant ! Etre pris dans un orage à cet endroit pourrait être mauvais, on est plutôt exposés à cet endroit de la montagne, et la situation peut vite devenir compliquée.
Le temps passe, avec lui, le jour commence également à tomber. La lumière laisse petit à petit place à l'obscurité, le phénomène encore accéléré par la couverture nuageuse qui vient masquer prématurément les dernier rayons de soleil.
Un coup d’œil vers le haut, des passages de brouillard masquent anarchiquement les sommets alentour entamant une partie de cache cache, dans ce labyrinthe mouvant et ouaté, tantôt là, tantôt masqués. 

L'ambiance devient un peu sur réaliste, la lumière offre à ce paysage une dimension mystérieuse, sombre et lugubre mais attirante à la fois.
J'ai froid, je demande ma veste à Harald, qui, en compagnon dévoué, exécute chacun de mes caprices avec complicité. On est dans la course, à un moment où la solidité du supporter est primordiale. C'est de cette énergie que l'un communique à l'autre qui rend le binôme solide et l'amènera jusqu'au bout, comme un seul homme !
Le vent frais se fait de plus en plus présent, sans pourtant être très fort. Il nous fait prendre conscience de la fragilité des hommes face à la nature. Et, Dieu, que je me sens vulnérable. Je ne suis plus qu'une silhouette ondulante dans ce paysage gigantesque, ce paysage où tout d'un coup, il me semble avoir fait un saut dans le temps, comme téléporté près du dernier col, nous arrivons près du point de passage marquant le dernier kilomètre.

Dans la pénombre qui commence à tout envelopper, une silhouette en ombre chinoise se découpant sur un fond de brouillard campée sur un rocher à gauche crie mon prénom, « Allé Nico ! ». je crois rêver, je reconnais la voie de Roland.....mais pas son profil, en fait c'est son frangin que je finis par reconnaître en approchant, ils ont la même voix !
Je ries tout seul sur ma méprise, je lève le bras pour faire signe que je l'ai entendu. Un peu plus loin, en levant la tête, à environ 200 m à droite en hauteur, blotti sur un rocher, une petite masse sombre surmontée d'un bonnet que je connais, c'est le bonnet de Max. Sous ce bonnet....Max.
Je crie son prénom, une fois, pas de réponse, deux fois.....j'entends un petit... « Papa », c'est bien lui, qui se déplie tout à coup pour venir vers nous en courant. Le moment est très chouette, il déploie en descendant un drapeau tricolore plus grand que lui, le bleu, le blanc, le rouge qui flottent là, de manière improbable dans cet univers minéral noyé alors jusque là tout entier dans un gris uniforme, comme dé-saturé.
Crédit photo Daniele Pezzoni 

Crédit photo Daniele Pezzoni 

C'est le moment mainte fois imaginé qui est en train de se dérouler, on vit l'instant, on le savoure. Rien, plus rien, ne peu plus m'arriver. Le moment de basculer sur l'autre versant, celui du Passo Paradiso, est là, c'est maintenant !
Crédit photo Daniele Pezzoni 

Le passage dans les blocs de granit est magnifique, on aperçoit maintenant le tapis rouge de l'aire d'arrivée, le petit lac bleu métallique à gauche, et une ribambelle de monde qui attend là haut.


Crédit photo Daniele Pezzoni 
Crédit photo Ursula Perrier
Un dernier effort et nous y serons, les passages dans la caillasse en descente pour remonter les derniers hectomètres. Mon deuxième Stonebrixiaman est en train de se terminer, il n'est plus maintenant qu'à une dizaine de mètres. 









Un temps d'arrêt juste avant le tapis rouge, je me retourne vers Harald qui s'est écarté à gauche, le rejoins et tends les bras pour une accolade. Je me retourne, à droite, c'est Ursula qui est là, emmitouflée dans son gore-tex, comme c'est bon de la voir là ! Je me rapproche, on s'embrasse.....mais je me dis qu'embrasser un gars qui vient de se taper + de 17h de course ne doit pas être très fun....






Crédit photo Daniele Bua
Les bâtons dans la main gauche, je reprend le chemin de la ligne d'arrivée, ébloui par les gros halogènes postés de chaque côté de la ligne, pouce levé, j'esquisse un sourire.....c'est gagné !!!
Crédit photo Ursula Perrier

Crédit photo Ursula Perrier


Mais que c'est bon d'être là, heureux et léger, de cette légèreté de nouveau né, de celle qui te ramène au stade initial d'être humain, juste bien dans ta peau......Alors que pourtant tu viens d'en baver comme jamais, bien dans ta tête.

Une accolade au gars du staff qui lui aussi reflète une émotion palpable, Bärbel, elle aussi encapuchonnée dans le froid de cette arrivée tardive, et Francesco, qui arrive, à droite, je tombe dans ses bras, mais que c'était dur, que c'était dur ! Il me tend la doudoune de finisher, sacrée course que tu nous a pondue là Francesco, sacrée course !
Crédit photo Daniele Bua

    Avant la course - Natation - T1 - Vélo - T2 - Course à pied - Après la course - Race info.-