mardi 21 mai 2019

ISLANDMAN 2019


ISLANDMAN 2019


C'est lundi, et ce  matin, c'est une à une que les marches de l'escalier menant de notre chambre au salon seront descendues. C'est d'habitude, comme après une grande course, courbaturé jusqu'à l'os. De ces lundi où le corps meurtri, usé, mais la tête, là haut, perchée dans ce qui restera des souvenirs d'une belle journée de sport.
Hier, c'était l'IslandMan à la Ciotat. Un triathlon au format singulier, format L, mariant 3 km de natation en mer, 80 km de vélo et 20 km de course à pied.
Au loin, l'Isle Verte Photo Ursula Perrier


Le parcours, cette année, fera partir les coureurs depuis le large de l'ile Verte, acheminés par bateau pour un saut mémorable dans la grande bleue, fraîche à point (autour de 15°C) et d'un bleu infini.

Splatch ! C'est à mon tour d'y aller, timidement, sans éclaboussures, assis depuis la plateforme arrière du bateau, loin des sauts médiatiques d'un Norseman où le plus farfelu fera la plus gros buzz ensuite sur la toile. L'ambiance est sérieuse, pas de musique ni de flonflons, ici, le triathlon est brut de décoffrage. J'adore !
Curieusement, l'impression de froid n'est pas si forte au niveau du corps, par contre, y enfoncer la tête reste....compliqué !
Il faudra bien pourtant s'y résoudre, ne pouvant pas me rendre sur la ligne de départ en brasse et de toute façon, il va falloir nager.
Gloup, les deux yeux grand ouverts, du fond de mes lunettes, découvrent avec la plus belle des surprises une eau cristalline, d'une limpidité absolue et d'un bleu profond, de ceux que Jacques Mayol avait choisi pour aller retrouver ses sirènes.
Fini de rêver. La poésie devra laisser la place au combat car, bientôt, une corrida va se jouer dans cette arène d'exception.
Le temps passé dans l'eau n'aura pas excédé 5 minutes entre la mise à l'eau et le départ, tant mieux, l'organisation est parfaite.
Coinnnnnn, la corne de brume lance les enragés pour ce premier tour de manège. Cette partie natatoire se fera sur une belle ligne droite, plantée de trois bouées qui, même si elles doivent faire pas loin de 2 m de haut, sont depuis la surface de la flotte un peu difficile à recentrer pendant l'effort.
L'eau, calme au départ, s'irise peu à peu, à mesure qu'un vent d'Ouest se lève, et avec lui, la difficulté de poser une nage propre et fluide. La ligne de départ tellement large permet de ne pas prendre une seule claque, et de partir bien dans l'alignement des bouées en point de mire. Curieusement, en levant la tête de temps en temps, je ne vois que quelques nageurs un petit peu en avant du petit groupe de 4 dont je fais partie. Je me cale dans les pieds du premier, deux poissons sont aussi dans le sciage. Je me demande où sont les autres, certainement en parallèle sur un des deux côtés.
La première bouée met du temps à se faire atteindre, la seconde puis la troisième, enfin en point de mire. Dans cette progression, mes mouvements commencent de leur côté à manquer de cohésion, le froid pointe à travers la combi et j'ai même la sensation de crampes sous-jacentes qui s'installent, les doigts qui commencent à s'ouvrir, bref, ça pique un peu !
Photo Ursula Perrier

Troisième bouée, déjà ? Ben oui, ça c'est finalement passé plutôt vite, mes 3 camarades, soudain accélèrent pour me laisser un peu à l'écart, je me remémore les mouvements à enchaîner pour réussir la T1 sans bafouilles, le fond est visible, il se rapproche, je pose pied à terre, et bim, crampe aux deux ischios, une grande première sur une sortie de l'eau. Je sais qu'elles peuvent disparaître aussi vite qu'elles sont apparues....mais ça m'empêche de courir normalement. Je m'aperçois aussi que j'ai les mains totalement endolories et le retrait de la combi. s'annonce compliqué.
Photo Ursula Perrier

La distance entre la sortie de l'eau et le vélo est très courte et devant mon emplacement je gueule à la difficulté que j'ai à retirer les jambes de ma combi., incapable de saisir fermement le néoprène pour tirer dessus, jambes crampées. Je finirais par y parvenir, non sans mal, aidant aussi le gars d'à côté à retirer la sienne, il galère pour les mêmes raisons.
J'en profite pour lui demander si il a une idée sur notre position dans le classement à ce moment de la course, constatant que le parc est plutôt encore très rempli. La natation se serait elle bien passée?
Photo Ursula Perrier
Photo Ursula Perrier
Casque sur la tête, enfin, je file en poussant mon vélo par la selle, les crampes disparaissent dès la sortie du parc, Ursula est là pour m'encourager, j'ai la banane et avec tout ça, j'ai presque oublié que j'arrive blessé sur l'épreuve, mon vaste interne gauche contracturé depuis un peu plus de deux semaines et m'ayant empêché d'effectuer des séances clef à pied.

Le parcours, sans être très exigeant présente tout de même quelques difficultés, la première attaquant seulement un petits kilomètre après la sortie du parc avec une bosse de 10 bornes qui nous fait gagner 480 m de dénivelé. Les bon revêtements de route et le vent bien orienté permettent de l'enrouler sans trop se cramer mais ça se tire quand même pas mal. La récompense arrive après, un suite de petits faux plats qui permettent de bien appuyer et de regagner en vitesse. Le parcours est bien fait, la premiere petite boucle en aller et retour au niveau du Castellet avec demi-tour arrive déjà. Je suis au  19 ième km, ça me permet de jauger un peu le classement, même si je ne suis pas sûr que certains coureurs plus en avance ne soient pas déjà passés.....j'en compte une dizaine devant et les premiers que je pourrais rattraper ne sont qu'à une trentaine de secondes tout au plus....hé hé, possiblement sur le premier pac de 20, me dis-je....on verra ça sur le second vrai demi-tour où là, pas de doutes possibles, je pourrais compter tous ceux qui sont devant sans méprise.

A ma grande surprise, à part un gars du triathl'aix qui m'a doublé dans la bosse, personne ne passe devant pour le moment. je reste concentré et travaille à garder une position la plus aérodynamique possible, bien calé sur les prolongateurs, tête baissée. J'arrive sur la partie descendante avant ce demi tour, je grignote du terrain et vois se rapprocher le premier cycliste à doubler. Je décide de ne pas forcer l'allure pour autant, gardant en mémoire que la partie course à pied risque d'être très compliquée vu la carence d'entraînement en course à pied due à la blessure au vaste gauche (40 km en trois semaines, 0 km la semaine avant la course).
Pourtant, je me rapproche.....et double, un premier, puis un second, puis encore un troisième....le demi tour approche, je commence aussi à compter les gars que je croise, 1,2,3.......j'arrive à 10(!) losque j'aperçois les cônes orange qui marquent le demi-tour. Mama, trop bon, mais on ne s'affole pas. Au même instant, je repense à Ricou qui pourrait avoir fait le déplacement en vélo depuis chez lui à Néoules, pour venir m'encourager, il pourrait se trouver par là! Bim, ça ne loupe pas, je relève ma visière pour être sûr, ouai, c'est bien lui, à droite de la route, l'échange ne dure que quelques secondes mais rebooste encore la machine, au top le Ricou!

Ce n'est pas tout, maintenant, il reste à refaire en montée ce qui aura été avalé goulûment à la descente, à peu près 200 m de D+ sur 20 bornes d'un faux plat montant régulier....mais cette fois avec le vent maintenant bien établi et bien orienté dans la tronche, restons zen!

Les kilomètres déroulent pourtant assez facilement, les cannes répondent bien et pas de sentiment de fatigue pour le moment. J'attends quand même avec impatience le moment de la bascule, ne serait-ce que pour retrouver la sensation grisante de vitesse. Tiens encore un gars en ligne de mire, je m'en rapproche et fini par le doubler dans une dernière portion de pente un peu plus raide, il a l'air de ne plus avoir trop de watts, faiblissant dès que la pente se relève un peu, c'est un italien (ITA sur la trifonction), je le passe et l'encourage par un DAÏ.
C'est tout de suite après que je me retourne, étonné par le son d'un autre vélo....comment, un coureur me double, naaaannnnnn! Bon, toujours en mode "je ne sais pas comment ça va tenir", je laisse passer sans vouloir rester forcément en visu. pourtant l'écart ne se creuse pas et je peux rester à une distance d'environ 20 à 30 m derrière que je vais maintenir jusqu'à l'attaque proprement dite de la dernière belle (très) descente où la distance se réduit. La vitesse est très élevée et je choisi de ne pas tenter de forcer le passage par un dépassement hasardeux dans l'enchaînement de ces courbes qui demandent une attention sans relâche.
Image Tintin photo / IslandMan

Arrivent les premières maisons, ça sent l'écurie, je repasse mentalement la T2, attention, on arrive en zone urbaine, les pièges sont partout, et même si l'organisation fait bien son travail, il faut rester vigilant, la route est ouverte à la circulation et quelques changements de direction assez "raides" doivent se prendre à vitesse réduite (le pont de la voie ferrée....)
Photo Ursula Perrier


Bientôt la dernière ligne droite, la montre affiche une moyenne de 33,5 km/h de moyenne, mieux que l'an dernier malgré le vent (moins de dénivelé cette année, 928 contre 1010)....... le bord de mer, les palmiers, je stresse à l'idée d'attaquer ce semi qui m'attend et que je redoute par dessus tout maintenant. Rituel d'arrivée, desserer les chaussures, en sortir les pieds, les poser sur les chaussures pour continuer à pédaler tout en réduisant l'allure, la ligne d'entrée dans le parc est visible, son arbitre, son fanion, Ursula et Max sur la droite, sa clochette qui résonne, Max m'annonce N°8 (!) passage du pied droit par dessus le cadre, hop, sauter sur le bitume en gardant ma vitesse et courir vers mon emplacement, faire passer la montre en mode T2, le 173, ok, c'est ici. mais qu'il est vide ce parc à vélo, vélo posé, casque quitté, asperger mon visage d'eau douce, enfiler les chaussures, chopper paire de lunettes et visière, bim, ç'est parti pour 20 km de course à pied, je recroise Max, il m'annonce maintenant N°7, oui, la T2 m'a permis de reprendre un place, d'un bout de semelle. maintenant, un seul mot d'ordre, ne rien lâcher!
Photo Ursula Perrier
Photo Ursula Perrier

Curieusement, les cannes ne font pas mal, même pas à gauche, le strapp maintient bien et soulage, tant mieux!
Je me suis régulièrement alimenté sur le vélo et j'ai la patate mais je sais que musculairement, il n'y aura pas de miracle et que je vais payer le manque de séances à pied tôt  ou tard, alors, je reste concentré et je cours. Le premier demi-tour arrive et le gars que j'avais doublé pendant la T2 me rejoins, dossard 66.
Photo Ursula Perrier
Au passage, je lui donne une tape sur l'épaule et l'encourage, on échange quelques mots, mais au lieu de passer devant, il reste à ma hauteur et on va rester au coude à coude comme ça pendant.....2 tours et demi jusqu'à ce qu'il décide de s'envoler lorsque, comme prévu, mon allure commence à baisser. Parti sur des bases de 20 minutes 45 sur le premier tour (4 min 20 au Km), le second en 21 minutes, les deux derniers en 22 minutes......mentalement, pas de gros moments de moins bien, mais je sens que la machine est en train de lâcher au troisième tour. un bolide me double.....puis un second, j'ignore si il s'agit de relais ou pas.
Photo Ursula Perrier

 Le parcours qui possède une multitude d'endroits de croisement me permet de voir qui revient sur moi et qui perd de la place, j'essaie

Photo Eric Delattre
Photo Eric Delattre
ainsi de contenir l'incendie pendant que les jambes se durcissent et s'alourdissent, ma foulée se dégradant et le contrôle de tout ça partant petit à petit dans le décor. Mon compagnon des premières boucles est solide et accroît son avance, pour autant, à chaque croisement, on s'encourage mutuellement, et ça fait du bien. Dernier tour, maintenant, ya plus qu'à laisser "rouler". la stratégie alimentaire sur ce semi, coca, eau, coca, eau aura bien fonctionné. C'est maintenant deux poteaux béton qui me servent de jambes, autant dire que ça devient compliqué, la position perd aussi de son gainage (j'allais dire "panache", mais n'exagérons pas). La petite côte du demi tour au 15 ième est devenue un Izoard, celle du 16 ième le Stelvio, le vent dans la face, un ouragan....et c'est ainsi malmené et dépouillé que les derniers kilomètres seront parcourus, l'allure pourtant maintenue (mais à 4 min 35 du km....c'est pas non plus le mur du son).
Photo Ursula Perrier
Photo Ursula Perrier

Dernier passage devant le parc pour aller chercher les 2 dernier kilomètres qui semblent infinis, je rêve maintenant de cette finishline, ignorant maintenant mon classement, attendant juste que ça passe, allé, je commence à voir l'arche, on va puiser au plus profond pour relancer la machine avant le crasch final......paf,
Image Tintin photo / IslandMan
explosé, c'est le terme, je franchi la ligne. A peine passée, mes jambes lâchent vraiment et c'est le soutien de la bénévole qui me passe la médaille autour du cou et mon copain (le dossard 66) qui vient d'arriver qui me permettent de ne pas me casser la figure en me soutenant comme ....un vieux matelas, tu sais, le truc trop lourd et trop mou que t'as du mal à porter. Bon, dans les oreilles, Philippe Panetta m'annonce comme rentrant dans le top 10, joie immense, je suis 9 ième de cette édition de l'Islandman 2019 en 4 h 38 min et 10sec pour 3000m de nat, 80 de vélo avec 930m de D+ et pas tout à fait 20 km de course à pied (19.33 dit la montre) avec un petit D+ de 120m au passage de ces petites bosses qui avec l'air de rien viennent quand même en ajouter.
Photo Ursula Perrier


Pour l'après course, tout est là, un buffet avec pizzas chaudes (!), les massages de kinés au top etc.....le camping le Sauge à 10 minutes à pied et l'accueil de sa propriétaire, ma petite famille qui m'a suivi, les copains, toujours là pour encourager.......


Un seul regret, mais c'est ma faute, j'ai loupé mon podium de 3 ième Master homme, croyant que seul les premiers de catégories seraient appelés, alors qu'en fait le podium récompensait les trois premiers masters! (c'était pourtant dans le briefing de course) Alors, comment dire, j'ai un peu les boules là :-/ mais c'est relatif, la fête reste très réussie.

Longue vie à l'IslandMan!





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